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D' UNE CERTAINE DIFFICULTE A CITER LACAN
OU DE L'EPINEUSE QUESTION DE LA REFERENCE AU NOM PROPRE.
Francis CAPRON
" L'avenir ne peut s'anticiper que dans la forme du danger absolu. " " Celui qui m'interroge sait aussi me lire " |
1- Questionnement...
Ai-je bien entendu ?
Questionnement qui pourrait sembler extrêmement banal pour un psychanalyste dans le quotidien de sa pratique. La ruse est bien ici " d'entendre " dans ce " ai-je bien entendu ? " : " ai-je bien laissé dire ? " car lorsque l'on occupe la place d'analyste, on n'entend bien qu'à laisser dire "librement".
Je me suis donc laissé dire, car je l'ai bel et bien entendu, qu'il y avait , aujourd'hui, à l'aube de l'an 2000 et des états généraux, des psychanalystes hérétiques. Je n'étais d'ailleurs pas le seul à me le laisser dire, donc à l'avoir entendu. Mais que je fusse seul à l'entendre ou non, n'a pas beaucoup d'importance, car comme personne "n'a pipé mot" devant cette affirmation, c'est un peu comme si je fus seul à l'entendre.
A vrai dire, je l'avais déjà entendu naguère..., et j'avais alors fait semblant d'y porter attention. Je m'étais dit: c'est un excès de langage qui ne veut pas dire ce qu'il dit. Mais un excès de langage, ce n'est pas comme un excès d'autre-chose. Il ne s'efface pas avec le temps. Au contraire, il s'inscrit, il s'enracine, il revendique de la langue son excès. La tentation serait donc, pour le combattre, d'être à son tour excessif, ou pour s'y soumettre de le laisser passer.HERETIQUE, est-ce vraiment excessif ? Je lis :
" Le terme 'herésie' désigne un phénomène capital de l'histoire du christianisme, les divergences qui l'ont déchiré et dont certaines ont abouti à la création d'Eglises séparées, comme celles qui sont issues de la Réforme protestante. Etant donné qu'il implique un jugement de valeur, le mot est d'un usage délicat. Son terrain d'origine est, en effet, celui des conflits entre l'Eglise hiérarchique et des courants doctrinaux différents de l'enseignement établi; les autorités cléricales l'ont employé pour exclure de tels mouvements en les accusant d'apostasie et d'imposture. Le grief d'hérésie entraînait à plus ou moins brève échéance une mesure d'excommunication, au terme de procédures diverses selon les époques et les lieux".1
Oui, après avoir lu, je peux le dire sans excès : HERETIQUE est un terme exessif et délicat.
Délicat, car c'est un mot chargé d'histoire. Dans l'histoire de la religion chrétienne, mais aussi dans une certaine mesure dans l'histoire de la psychanalyse.C'est un mot qui nous revient, comme le retour du refoulé. C'est un mot qui exprime, non seulement des divergences, mais des excommunications, des schismes, des divisions, des guerres fratricides. C'est un mot délicat et dangeureux.
Avec ce mot, désignant aujourd'hui des psychanalystes, qu'est-ce qui nous revient, en pleine face, de plein fouet au point que nous l'ayons toutes et tous laissé dire, sans " mot-dire ".De quoi parlions-nous ?
Nous parlions d'un certain parcours, celui de la pensée de LACAN. Entendons-nous bien: le parcours d'une pensée n'est peut-être pas la même chose que le parcours de celui qui pense. Il y a entre les deux une certaine distance. Question de style. Tout comme il faut une certaine distance pour appréhender cette différence entre la pensée et l'homme, une certaine distance vis à vis de l'homme qui pense et la production de sa pensée.
Nous parlions donc d'une évolution, voire d'un "glissement" dans la pensée de LACAN. La description proposée fut celle-ci: LACAN, peu à peu, substitua dans sa pensée le nom propre au phallus comme signifiant maître, comme si le nom propre pouvait à lui seul tout tenir. L'argument, la preuve avancée de cette substitution se résumant dans une citation du séminaire R.S.I.:
" R.S.I.tiennent consistance du seul nom de LACAN ".
De fil en aiguille, le débat s'anime et s'enlise. Les éternelles questions que soulèvent les citations " non écrites " prirent le pas sur le fond. Etait-ce bien cela que LACAN a voulu dire ? Lorsque LACAN se nomme, se nomme-t-il vraiment en qualité de nom propre ou tourne-t-il son nom en dérision. Et puis, où est-ce exactement cette citation ? C'est là, pas loin, dans la bibliothèque...il faudrait rechercher. De la consistance du seul nom de LACAN , c'est de la consistance de R.S.I. dont le groupe se met à douter. Le nud borroméen se fait-il à trois ou à quatre ? Le débat se rétrécit à trois ou quatre, puis à trois, à deux, jusqu'au coup de grâce, une voix qui se fait plus forte : " On n'a pas le droit de faire dire n'importe quoi à LACAN. Il y a aussi des théories hérétiques. !! "
D'où vient l'hérésie ? Tout ce qui fut avancé fut fondé, fondé sur citation, démontré en terme théorique. Peut-être vient-elle du simple fait d'avoir prononcé le nom de LACAN ?Allez savoir !
2- Hypothèse...
Cette idée m'avait déjà traversé l'esprit. L'idée d'un lien qui pourrait exister entre le fait que l'uvre de LACAN soit essentiellement orale et la difficulté à y faire référence en citant, comme il se doit,le nom propre de LACAN. Comme si, du fait qu'une référence soit " non écrite ", il devenait quasiment impossible de la citer comme telle, en étant sûr qu'elle appartienne à son auteur. Comme si, dans l'après-coup, il y avait ceux qui l'avaient entendu dire, et ceux, forcément ignorants d'une parole à laquelle ils n'avaient pas assisté. Comme s'il y avait une différence entre ceux, contemporains de LACAN, qui s'étaient laissé dire, et ceux, les autres, arrivés après, qui n'avaient "qu'entendu parler ". Cette différence entre "s'être laissé dire " et "avoir entendu parler" inaugurerait-elle d'un statut différent de celui qui énonça la parole, de l'auteur du dire, de celui qui de son vivant parlait en son nom ? Cette différence, si elle existe, provoque-t-elle une sorte "d'éthnocentrisme" chez ceux qui se seraient laissé dire et qui rendrait impossible à ceux qui n'en auraient "qu'entendu parler" de citer à juste titre, l'auteur d'une parole qu'ils n'auraient pas " directement " entendue ? Cette différence, si elle existe, provoque-t-elle un écart du statut du nom propre de celui qui, à l'époque énonça ces paroles ? Rend-t-elle la compréhension de l'uvre parlée, plus ou moins accessible (selon les cas), au risque suprême " d'hérésie ", ce qui est une autre façon de dire que cette parole est sacrée ?
Encore faut-il se mettre d'accord sur le fait que l'uvre de Jacques LACAN a été essentiellement orale et que par conséquent, on ne peut y faire référence de la même manière que si elle eut été écrite, comme par exemple, celle de FREUD.Loin de moi, l'idée de relancer une polémique (qui n'eut peut-être pas lieu du vivant de Jacques LACAN, mais qui s'inaugura peut-être de ses plus extrêmes élèves) autour du débat sur l'origine de l'écriture. Ceci n'est pas mon propos, même si je concède volontiers que l'orientation, voire l'option théorique prise à ce sujet est fondamentale. Je n'observerai que ceci : étant donné que l'uvre de Jacques LACAN fut éssentiellement donnée par lui par l'intermédiaire de ses séminaires, l'écrit de cette uvre manque.
Loin de moi l'idée que le mouvement lacanien est un mouvement sans écriture. Le texte de Jacques LACAN, qui s'intitule " les écrits "2 serait là pour prouver le contraire: LACAN a écrit de l'écriture sous un livre qui s'intitule " les écrits ". LACAN, sur ce sujet, est sans équivoque : " il y a là-dedans de l'anecdote, à savoir qu'un jour, sur la page d'enveloppe d'un receuil que je sortais- poubellication ai-je dit-je n'ai pas trouvé mieux à écrire que le mot Ecrits. Ces Ecrits, il est assez connu qu'ils ne se lisent pas facilement. Je peux vous faire un petit aveu autobiographique-c'est très précisément ce que je pensais. Je pensais, ça va peut-être même jusque-là, je pensais qu'ils n'étaient pas à lire. " 3
Qu'est-ce qu'un livre qui serait là pour ne pas être lu, mais juste pour être écrit ?4
Avançons tout de suite notre hypothèse première : l'uvre de Jacques Lacan est essentiellement orale afin de "préserver" la signifiance de celui qui la parle à savoir LACAN. (il y a d'entrée, une distinction à faire entre Jacques LACAN, nom et prénom de l'état civil, et LACAN , nom propre ou voulu comme tel. C'est du moins l'objet de notre démonstration)
En cela LACAN est le digne héritier de LEVI- STRAUSS, qui ne cessa de louer la phonologie au regard de l'écriture :
" La naissance de la phonologie a bouleversé cette situation. Elle n'a pas seulement renouvelé les perspectives linguistiques; une transformation de cette ampleur n'est pas limitée à une discipline particulière. La phonologie ne peut manquer de jouer, vis à vis des sciences sociales, le même rôle rénovateur que la physique nucléaire, par exemple, a joué pour l'ensemble des sciences exactes."53- Le Jugement...dernier ?
Force est donc de constater que ce qui relie les membres de l'institution lacanienne entre eux est la voix de LACAN par ses séminaires. Citons pour référence PH. JULIEN, qui quelques années après le décès de Jacques LACAN , écrivait ces lignes :
" TOUT L'ECRIT : Cette tâche se situe aujourd'hui en un moment tout à fait nouveau par rapport à l'enseignement de LACAN. Tant qu'il fut soutenu par sa voix, ses auditeurs furent touchés à telle ou telle période de ce long frayage. C'est ainsi que s'engendrèrent plusieurs générations d'élèves, chacune différente et fixée à ce qui lui apparaissait être le vrai LACAN. Pour la première fois, avec le silence de cette voix, il devient possible de lire, de déchiffrer cet enseignement...".6
Vous remarquerez le " pour la première fois, il devient possible de lire, de déchiffrer..." C'est dire qu'avant cette date de 1985, ce n'était pas possible. C'est dire qu'avant cette date, ou tout au moins avant 1981 (année de la mort de LACAN) seule la voix était susceptible d'enseignement. Aucune autre référence n'était possible, ni peut-être permise ?7
Il devient possible, de lire, de déchiffrer. Ce message contient toute la complexité de la question. Ce à quoi nous invite PH. JULIEN, ce n'est pas à un travail de simple lecture, si tant est que lire LACAN soit simple. C'est à un travail de déchiffrement, de décryptage, voire de recherche8. Bref à un énorme travail de scribe, recopiant, rectifiant, décodant la parole du maître. C'est possible, nous dit-il. Certes. Mais le 11 décembre 1985, ce possible se transforme radicalement en impossible suite au jugement du tribunal d'instance de PARIS, qui donne l'exclusivité à J.A. MILLER du travail de transcription de l'uvre parlée de LACAN, et dont voici les derniers attendus :
"... Attendu cependant que seule doit être prise en considération, dans le cadre du présent litige, la nature exacte du contenu de l'ouvrage ;9Que la publication critiquée a pour objet essentiel la transcription d'un séminaire de Jacques LACAN et que les notes et les explications de la méthode employée pour parvenir à l'établissement du texte ne sont qu'un ajout à cette uvre; que le but poursuivi est, d'ailleurs, clairement précisé aux premières pages de chacun des bulletins: " son but est de produire, avec la transcription critique d'un séminaire, un questionnement sur le passage de l'uvre parlée de Jacques LACAN à travers l'écriture"; et à la page de titre N°1, sous l'intitulé " le transfert", l'indication suivante : " établissement d'un texte écrit à partir de notes recueillies au séminaire de Jacques LACAN, année 1960-1961" ;
Attendu que, pour refuser aux conférences du docteur LACAN la protection prévue par la loi du 11 mars 1957, l'association "Après" prétend qu'elles portent sur une pensée philosophique destinée à être transmise et qui, comme telle, n'est pas protégée ;Attendu que le cours d'un professeur constitue une création de forme originale et une uvre de l'esprit protégée sur laquelle son auteur possède un droit exclusif et que l'article 3 de la loi du 11 mars 1957 citant les conférences a entendu protéger les uvres orales; que tel est bien le cas des cours du docteur LACAN qui, de 1953 à 1979, a professé la psychanalyse dans le cadre de l'école Freudienne qu'il avait fondée ;Attendu que l'association défenderesse estime que l'uvre a été divulguée par le seul fait de l'oralité10 de la communication et, de plus, par la circulation de transcription largement autorisée par l'auteur lui-même ;Attendu que, aux termes de l'article 19 de la loi du 13 mars 1957, l'auteur a seul le droit de divulguer son uvre; qu'il s'agit d'un pouvoir de décision appartenenant en propre à l'écrivain, libre de conserver la faculté de remanier son ouvrage et qui peut à son gré, choisir le moment et les modalités de la publication; que la forme orale prise par une conférence ne constitue pas une divulgation car celle-ci rencontre volontairement un nombre limité de personnes, alors que la publication de l'uvre, en même temps qu'elle donne à celle-ci un caractère définitif, l'ouvre à un large public; que la conférence peut prendre, de plus, comme tel était, souvent, le cas pour LACAN, la forme d'une improvisation créant, ensuite chez l'auteur, un désir d'en améliorer la qualité pour obtenir une uvre digne d'être soumise à la critique ;Attendu que LACAN lui-même ne considérait pas que ses cours constituaient une divulgation de son uvre; qu'il a longtemps refusé, en dépit de l'insistance de ses disciples et de l'offre de collaboration de certains, la publication de la transcription sténographique littérale de son séminaire, car celle-ci ne lui donnait pas satisfaction et que la remise en forme de ses conférences lui paraissait un travail long et difficile; que l'attestation de François WAHL, directeur littéraire aux édition du Seuil, révèle qu'il s'est décidé à l'entreprendre lorsque Jacques MILLER accepta de lui apporter sa collaboration ;Attendu que la large diffusion entre étudiants de la sténographie des conférences qui est un fait constant, ne constitue pas davantage la divulgation de l'uvre; qu'un professeur n'a, en principe, sauf intention expresse, consenti qu'à l'audition directe en dehors de toute reproduction; et que tel était bien la volonté de LACAN puisque de nombreuses attestations, émanant de l'association défenderesse elle-même, font apparaître que s'il acceptait assez volontiers de communiquer certaines sténographies à ceux qui lui en faisaient la demande, il mettait à son accord la condition de les lui rendre et de " garder ça pour eux ";Attendu ainsi qu'il n'est nullement démontré que LACAN a autorisé la publication des transcriptions de ses conférences et que, au contraire, il est établi qu'il entendait limiter à un cercle relativement restreint d'initiés l'usage des documents sténographiques de celles-ci ;Attendu en définitive que Jacques MILLER titulaire du droit moral sur les uvres de LACAN est fondé à agir pour empêcher que soit publiée la sténographie parue dans le bulletin " stécriture " des conférences de Jacques LACAN dont il est l'éxécuteur testamentaire; que l'interdiction de la diffusion de ces bulletins doit être ordonnée ainsi que leur destruction ou à défaut leur remise à Jacques MILLER...."11
4- Commentaires...Ce jugement est exemplaire. Exemplaire à plus d'un titre et il mérite de ce fait quelques commentaires :
Outre le fait qu'il déboute l'association "Après" de sa revendication de publier le séminaire de LACAN :" le transfert dans sa disparité subjective, sa prétendue situation, ses excursions techniques"12 par le biais de sa recherche, il renie l'origine de cette recherche inaugurée du temps de Jacques LACAN par le biais de"stécriture": " vous ne comprenez pas stécriture, tant mieux ce vous sera raison de l'expliquer. Et si ça reste en plan, vous en serez quitte pour l'embarras"13.
Il révèle, sinon une intention, du moins une volonté consciente et permanente de LACAN: les séminaires parce qu'oraux ne constituaient pas à eux seuls l'uvre. Pour que cela fut le cas, il eut fallu qu'ils soient reformulés par écrit14, donc écrits. La transcription littérale n'était pas considérée par LACAN lui-même comme représentante, à elle seule, de sa pensée. Si donc les séminaires de LACAN, la voix de LACAN, faisaient"des disciples," ils ne faisaient pas pour autant des élus (les élus auraient-ils été ceux qui auraient eu accés à sa pensée, contrairement aux disciples qui n'avaient que leurs oreilles pour n'entendre seulement que la voix ?). Bien au contraire " il est établi qu'il entendait limiter à un cercle relativement restreint d'initiés l'usage des documents sténographiques de celles-ci. "
Enfin, pour clore le tout, il nomme J.A. MILLER légataire universel...d'une parole ! D'une parole initialement donnée à tous, à tous les membres de l'Ecole Freudienne, à tout le public de l'Ecole Freudienne. Pour cela il s'appuit sur une volonté attestée de LACAN : " contrairement à mon ami LEVI-STRAUSS, je ne laisserai pas " une uvre "15, se moquant ainsi de ceux qui "traquaient" la propriété d'une pensée. Il crée donc une orthodoxie de la parole de LACAN, la confinant dans une propriété exclusive,une représentation unique, il crée donc une église dans le sens où il crée du sens et comme le disait LACAN, "le sens est toujours religieux "16. Question de moralité, comme le souligne le testament: " Je nomme pour mon exécuteur testamentaire, en ce qui concerne la totalité de mon uvre publiée et non publiée, Monsieur Jacques-Alain MILLER. Il exercera toutes les prérogatives attachées au droit moral17 selon la loi du 11 mars 1957. "18 Qu'est-ce que la moralité d'une uvre ? la question reste ouverte. Il semble que pour le tribunal, et dans le cas de LACAN, ce soit de garantir la propriété de la parole de celui qui parle, donc, par conséquent, de protéger le nom propre de LACAN.Quel est donc le " statut " de ce nom propre ?
LACAN est ici plus fidèle à son uvre qu'il n'y paraît, et cela quelles que soient les polémiques et les suspicions qui entourèrent les décisions du fondateur de l'Ecole freudienne à dissoudre son école et à dérober son uvre à ses "disciples". Le nom propre de LACAN, n'est pas représenté par le " je " qui parle. Il est, pourrait-on dire, distancié au point " de rejoindre le régime de la non-personne "19 , et ce fait n'est pas une nouveauté. Déjà dans Scilicet, LACAN, pourrait-on dire, annonçait la couleur :" DE CE QUE SIGNE LACAN. Le nom d'équipe est en impasse de ce que nous poserons de fait avant d'en montrer l'économie: c'est pour le dire bille en tête, celui de LACAN est, lui20, inescamotable au programme... Ce qui a fait ce nom devenir trace ineffaçable n'est pas mon fait. Je n'en dirai, sans plus d'accent, que ceci: un déplacement des forces s'est fait autour, où je ne suis pour rien qu'à les avoir laissées passer. Sans doute tout tient-il dans ce rien où je me suis tenu à l'endroit de ces forces, pour ce que les miennes à ce moment me paraissent juste suffire à me maintenir dans le rang... Si je n'ai rien distrait, fût-ce pour ma protection, d'une place que d'autre part personne ne songeait à tenir c'est à m'effacer devant elle pour m'y voir qu'en délégué. "21Comme le souligne J.B. FAGES, LACAN dans ce passage, fait de son nom propre l'énoncé d'un déplacement de forces. Il ne représente pas, mais au contraire tend à se séparer du " je " qui parle et qui s'allège alors de l'acte plus engageant de l'énonciation. Cet effet de style souligne une maitrise et un remaniement des principes linguistiques dont Jacques LACAN s'inspira, principalement ceux de R. JAKOBSON. Mais est-ce seulement un effet oratoire ? Il me semble qu'au delà de cet aspect purement technique, il n'est pas sans évoquer le postulat de " la royauté ", plus politique que physique décrite par ERNST KANTOROWICZ dans son livre "Les deux corps du roi ": 22Bien qu'il y ait supériorité du corps politique sur le corps physique, il est entendu indiscutablement que les deux corps du roi forment une unité indivisible.Unité indivisible, au delà du corps (nous y reviendrons, sur un plan plus philosophique avec l'affirmation de LACAN du séminaire "... Ou Pire "23 :"Y A D' L'UN") mais aussi unité du royaume à l'instar de Jacques Ier qui inaugura en son temps du nom de "Grande Bretagne" comme une expression de " l'union parfaite des corps tant politique que naturel. "24 Cette unité " royale " , loin d'être voulue (" ce qui a fait ce nom devenir trace ineffaçable, n'est pas mon fait ") est source de souffrance. C'est une tragédie, une tragédie qui prend sa source même dans le fait " de prendre la couronne ", de s'instituer " chef ", "d'endosser" la responsabilité d'un mouvement ou d'une institution. SHAKESPEARE ne pouvait manquer de relater une telle tragédie, afin de marquer son accessibilité au cur de l'homme, même du plus ordinaire. C'est ainsi que dans sa pièce25 il décrit un roi aux prises avec les incertitudes du pouvoir. Incarnant " phalliquement " la royauté au début de la pièce, et les mauvaises nouvelles arrivant, " la grâce de Dieu " s'effacant et le royaume se désagrégeant, " sa vérité objective et son existence quasi divine, si brillantes peu de temps auparavant, pâlissent et se réduisent à un rien, un nomen "26.Autrement dit, le roi passe du " réalisme " au "nomalisme "
" Je m'étais oubliéne suis-je pas roi ? Réveille toi, majesté fainéante! Tu dors. Est-ce que le nom de roi ne vaut pas vingt mille noms? Aux armes! Aux armes, mon nom, un chétif sujet s'attaque à ta gloire suprême. "27 Comme le souligne E. KANTAROWICZ, ce passage au nomalisme intervient dans la pièce de Shakespeare au moment de la faiblesse physique du roi et de sa mort possible. Les question politiques et de pouvoir, prennent donc le pas sur toutes autres considérations. C'est oublié "qu'un roi, ne meurt jamais ".
Le royaume, malgré " les mauvaises nouvelles ", malgré les trahisons et les complots en tous genres, le royaume même dissout s'incarne seul dans le seul nom du roi.
Ce qui est visé dans ce passage au nomalisme, c'est naturellement la continuité du pouvoir et de l'uvre accomplie dans et par le temps, c'est à dire au delà de ceux qui, compagnons de la première, deuxième ou dernière heure ont été les témoins de la fabrication, de l'élaboration de l'uvre. Car, ceux là, qui ont été témoins de l'élaboration de l'uvre à un temps donné, se situent dans un temps fini (au sens de l'éternité donnée par St. Augustin ), alors que les autres, ce public non connu mais visé par l'uvre appartiennent à un temps s'apparentant à une permanence éternelle donc à l'immortalité. " La Vérité est fille du temps " disait AULU-GELLE28. Comment LACAN aurait-il pu méconnaître cette maxime, lui qui disait toujours dire la "vérité"29.Enfin, il ne serait pas complet d'analyser ce nomalisme, sans l'articuler à l'affirmation " Y A D' L'UN " que Jacques LACAN énonça dans son séminaire ...Ou Pire30." Je dis toujours la vérité : pas toute, parce que toute la dire, on n'y arrive pas. La dire toute, c'est impossible, matériellement: les mots y manquent. C'est même par cet impossible que la vérité tient au réel. "31Cette citation de J. LACAN se rapproche instantanément d'une autre non moins célèbre : " moi, la vérité, je parle." et elle situe d'emblée la réponse faite par LACAN sur la question d'ordre philosophique de l'être UN de l'étant. Ainsi, " le discours analytique " inscrit-il sa réponse particulière sur la question de l'être et de l'unité de l'être. Cette réponse (un discours est toujours une réponse) que LACAN veut particulière, veut se distinguer du discours philosophique (ou discours du maître), dans le sens où celui-ci assume ou tente d'assumer de manière primordiale la maitrise de ce discours. Si l'on est sujet de sa parole, on ne l'est pas du discours, Aussi est-il essentiel de savoir si l'on parle en son nom lorsqu'on fait un discours32. Le principe énoncé qu'il y de l'UN, doit être argumenté par le discours. Ainsi en est-il du discours dans le champ de la philosophie. Le discours analytique, n'échappe pas à cette règle, et cela même s'il veut se démarquer du discours philosophique. Ainsi , dans " moi, la vérité, je parle " y-a-t-il à la fois l'affirmation du principe et son argumentation. L'unité du sujet dans sa parole (je parle) est énoncée comme inséparable de l'unité de l'objet (moi).33 C'est donc bien " le langage qui unifie et fait tout apparaitre comme UN "34. Quant à la vérité, elle est bien ce qui fait tenir en conformité le langage et l'être, et ceci dans un questionnement qui est traditionnellement philosophique.
Mais, nous l'avons vu, la vérité, chez LACAN, ne saurait se dire "toute". Et cela quelque soit, la "volonté" de celui qui voudrait l'atteindre, ou la dire. Elle manque, s'échappe, se dérobe à l'énonciation. S'il y a désir de la dire, l'objet de ce désir se dérobe. La question est donc bien celle-ci: comment un désir peut-il se soutenir sans objet ? Comment la vérité partielle peut-elle s'affirmer comme telle, sans vérité totale ? On sait que LACAN répondra à cette question par sa théorie du signifiant, inaugurant ainsi de l'originalité du "discours analytique" ("d'un discours qui ne serait pas du semblant "35). Ce qui est désirable, en tant que tel, c'est le signifiant. S1 signifiant premier, est dit "unaire". C'est dire que c'est lui, premier, qui unit (dans le sens où le père U-N-I-E). S2, signifiant second, est dit binaire, et c'est à partir de lui que S1 apparait dans sa signifiance. Si S1 est UN, il ne l'est que du point de vue des autres signifiants. Il ne se caractérise de son unité, qu'à souligner sa différence d'avec les autres signifiants : il n'est pas atteignable, en tant que tel, et c'est en cela qu'il est le support d'un désir (LACAN parle de pur désir) dont l'objet reste introuvable. Il soumet, il commande, d'où son autre appellation : " signifiant maître " .
Nous pouvons remarquer aisément que pour LACAN, il y a une première analogie entre S1 et ce qu'il nomme l'UN:
" Celui qui commande...ce qui commande c'est l'UN. L'UN fait l'être comme l'hystérique fait l'homme...Evidemment cet Etre que fait l'UN-il n'est pas l'Etre, il fait l'ETRE. "36 Après quoi , LACAN se défendra de faire de l'ontologie car ajoute-t-il: " Mais dire que je fais de l'ontologie, quand même c'est assez drôle, et la placer dans ce grand Autre que très précisément je montre comme devant être barré et épinglé très précisément du signifiant37 de ce barrage lui-même, c'est curieux. "
Puis, parlant à son public : " je suis forcé de revenir des quelques jours de vacances pour ne pas manquer à Sainte Anne "38 et il ajoute : " il n' y a pas d'autre existence de l'UN que l'existence mathématique. Il y a UN quelquechose, UN argument qui satisfait UNE formule. Et un argument, c'est quelque chose de complètement vidé de sens. C'est simplement L'UN comme UN .39 "La tentation est ici grande d'associer à ce " UN quelquechose ", "UNE UVRE". "L'uvre", pour lui est aussi assimilable , à un commandement: " parce que l'uvre, ça vient toujours à la commande, même pour Michel-Ange40". Bref, l'auteur de l'uvre, est " un esclave, un prisonnier, un clown qui ferait merveilleusement son trapèze.41 "Revenons à l'objet de notre propos : A installer L'uvre de LACAN en S1 , c'est d'abord installer LACAN comme unité du désir vis à vis de l'uvre. Mais, c'est aussi lui faire occuper la place dans la chaine signifiante, celle du signifiant maître qui ordonne et se dérobe à la fois dans sa totalité sans le concours des autres signifiants. Cet impératif signifiant, s'il signifie, signifie le désir de désirer l'uvre. L'uvre, parce qu'essentiellement orale, n'est pas, là, directement atteignable. Comme le souligne LACAN, elle n'est pas " laissée. " Elle est à entreprendre, tout comme le désir, dans une certaine négativité de l'objet. Cela n'a donc pas de sens, c'est essentiellement signifiant. En cela LACAN applique de manière surdéterminée sa théorie du père, du père,..." d'un UNIER qui se fonde, il y en a un, il en existe un qui dit que non. Ce n'est pas pareil que de nier. Mais cette forgerie du terme U-N-I-E-R comme verbe qui se conjugue et d'où nous pourrions avancer qu'en somme, pour ce qu'il en est de la fonction représentée dans l'analyse par le mythe du père (P-E-R-E) , il unie (U-N-I-E), c'est ça, pour ceux qui ont pu réussir à m'entendre, à travers les pétards, le point sur lequel j'aimerais justement aujourd'hui vous permettre disons d'accomoder. Le père UNIE donc... 42" .
L'on pourrait croire que LACAN, installe donc, peu ou prou un lacanisme orthodoxe. Loin de là. En surdéterminant les choses, il se réfère à FREUD qui d'après lui, " a apporté la dimension de la surdétermination... C'est quand même du discours que FREUD a fait surgir ceci que ce qui se produisait au niveau du support avait à faire avec ce qui s'articulait du discours. " Puis plus loin: " La surdétermination, consiste en ceci: c'est que les choses qui ne sont pas le sens, où le sens ça serait supporté par un signifiant, justement le propre du signifiant...c'est qu'il se distingue en ceci qu'il n'a aucune signification. "43
5- L'après...Après ce jugement, l'Association " Après " reste silencieuse. Elle ne fait pas Appel à la décision, ce qui est pour le moins curieux. Est-ce par soumission ? Est-ce par compréhension du jugement dont elle reconnaîtrait le bien fondé ? On peut sincèrement en douter. Car un autre combat s'est déjà engagé avec la création de "l'Ecole Lacanienne de Psychanalyse ". Cette école, de part son titre signifie qu'une rupture s'opère . Une rupture " du pacte " qui inscrivait J. LACAN dans l'histoire du freudisme. Rien ne saurait mieux le démontrer que ce texte écrit en 1981, lors des événements de la dissolution :
"...Il y a eu le frayage de la psychanalyse par FREUD. On sait, FREUD a pris soin de l'écrire, que le lien de chacun à la psychanalyse était alors constitué par l'attachement à la personne. Avec l'enseignement de LACAN ce lien a pris forme d'une " Ecole Freudienne". Cette qualification a été le fait de cet enseignement. On s'en rend compte dans l'après-coup: il était inconcevable que FREUD lui-même institua une école freudienne. Et la dissolution de l'EFP marque la fin d'une telle école qui ne se soutenait que de l'in-sistance de l'enseignement de LACAN. Aussi est-il apparu que le terme mis à cette insistance avait pour corollaire cette dissolution.Faut-il dès lors que les psychanalystes se consacrent à la mise en place d'une école " lacanienne " ? Il apparaît qu'une telle école prendrait immédiatement rang parmi celles qui se sont développées à l'encontre du frayage de FREUD: l'adlérisme, la jungienne, la reichienne; l'enseignement de LACAN n'ex-sistera que si sa suite n'est pas a priori qualifiée de " lacanienne"Ainsi la dissolution de l'Ecole Freudienne, d'en appeler à un temps troisième dont nous avons à reconnaître la particularité et l'enjeu, ne saurait plus constituer ce temps sous l'abri d'un nom propre qualifiant: ni celui de FREUD qui tenait cette place de LACAN, ni celui de LACAN car l'enseignement référé à ce nom ne trouve sa portée que dans son lien à FREUD.On peut toucher du doigt ce que ceci implique d'une position énonciative en remarquant qu'il sera désormais interdit d'affirmer quoi que ce soit qui supposerait, formulé ou pas, un-comme le dit LACAN,ou un-comme le dit FREUD; bien plutôt s'agit-il de ne plus omettre les guillemets, d'assurer la portée des énoncés, autrement dit de partir d'un -FREUD a dit, et d'un-LACAN a dit, qui impliquent de ne pas s'en tenir là c'est là cela qu'introduit la dissolution; on la rendra effective en s'y autorisant...enfin...Il nous paraît donc nécessaire actuellement que tous ceux, soucieux du rapport de la transmission de la psychanalyse à l'institution analytique, se forment en cartels constituants, c'est à dire à la tâche de mesurer et d'éprouver la nouvelle responsabilité du psychanalyste... 44"L' Ecole Lacanienne de psychanalyse se fonde donc et a pour premier Directeur l'un des signataires de la lettre reproduite ci-dessus ! Elle souligne dans sa présentation l'argument suivant :" Notons que désigner d'un nom propre ce en quoi consiste l'analyse en un temps donné est une façon de maintenir en suspens la réponse au difficile problème de son statut épistémique: croyance ? science ? discours ? délire ? Ah! le soulagement de FREUD lorsque, gravissant l'estrade à Worcester, il put penser que c'était arrivé, que la psychanalyse, enfin, " n'était plus une production délirante".45Comme le souligne E. ROUDINESCO , " cette école a été la première à franchir le pas de la rupture en s'appelant " lacanienne " et non plus "freudienne ", elle risque fort, au cas où elle serait gouvernée par sa ligne la plus " surinterprétative ", d'abolir la continuité historique entre le corpus freudien et le geste lacanien46, et de faire fonctionner la théorie de LACAN comme une herméneutique hallucinatoire et mystique.47 "Cette analyse voit, peut être, juste car l'enjeu de l'ELP est bien d'établir un "corpus " écrit des séminaires de LACAN. Au lieu d'établir une statégie de résistance à l'orthodoxie établie par le jugement, elle revendique à son tour l'orthodoxie, se glissant dans un intégrisme religieux. Ainsi distribue-t-elle à ses membres des chapitres des "transcriptions de l'école ".48La guerre des transcriptions est donc bel et bien commencée... Le projet d'un 'établissement de ce " Corpus religieux ", invite ses membres à re-lire, ce qui a déjà été lu (Re-ligere veut dire à la fois relire et relier) afin de rassembler ceux du troupeau égarés, lacaniens fourvoyés ou perdus autour des transcriptions non publiques. L'enjeu de cette guerre est d'établir des transcriptions de la vraie parole de LACAN. Souci de l'exactitude du dire qui prend alors le pas, qui se substitue à la propriété du dire mais souci de l'exactitude qui est directement issue de cette notion de propriété. Ce travail, qui continue probablement, est un travail impossible "d'une transcription qui n'en est plus une "49. Car le but d'établir un texte est en permanence contrarié par le souci constant d'effacer les traces du travail collectif, qui pourtant le constitue, afin d'établir uniquement la pureté de la parole donnée. L'effacement des traces serait, deviendrait, une obligation institutionnelle, le texte produit s'incarnant de lui même à l'encontre de ses producteurs du moment. Seul, en effet, la visée, le but à atteindre seraient important, volonté de clore, symptôme inévitable des institutions analytiques qui était déjà présent du temps de FREUD." Il y a dans la mystique des XVIe et XVIIe siècles un désir analogue à celui que Philippe Lévy décelait chez FREUD : une volonté de clore, une pulsion de mort. Chez les mystiques, un souhait de perdre vise à la fois le langage religieux où se trace leur marche et le tracé même de leur itinéraire. Leurs voyages détruisent à mesure les chemins qu'ils créent. Ou plus exactement, c'est cheminer, et c'est vouloir perdre le paysage en route. La mystique joue comme un procés évanouissant les objet de sens, à commencer par Dieu lui-même, comme si elle avait pour fonction de clore une épistémé religieuse en s'y effaçant elle-même, et de produire ainsi la nuit du sujet en marquant la fin d'un jour de la culture. Il me semble que, par rapport à notre temps, les démarches analytiques tiennent une fonction historique semblable; elles travaillent à manifester la défection d'une culture chez ses représentants et, par ce dépérissement d'une économie signifiante, elles creusent la place d'une " autre" qui serait l'au-delà de ce qui soutient encore la critique analytique. A cet égard, la mystique et la psychanalyse présupposent, hier relative aux églises corrompues, aujourd'hui à travers le malaise dans la civilisation, l'expérience si " claire " et intolérable à Schreber , qu'il y a - pour parler avec Hamlet- quelque chose de pourri (faul) au royaume de Danemark. "506- Les gardiens du nom...Il y a donc quelques difficultés à prononcer le nom de LACAN, à le citer, comme si ce nom propre n'en était pas un, ordinaire, accessible à tous, mais était une sorte de mot de passe réservé à l'usage exclusif de ceux qui sauraient le nommer. Comme si, ceux de ce club très fermé, qui auraient autorité à nommer LACAN ne le faisaient que pour donner une leçon aux autres, pauvres bougres qui ne savent en faire bon usage. Le nom de LACAN interviendrait ici comme une propriété, dont il faudrait en permanence apporter les titres d'acquisition sous peine d'excommunication.
La question du nom propre est ici centrale dans l'uvre de LACAN. Chacun peut, en effet, citer FREUD à "tort et à travers" puisque le principal de son uvre est écrit et signé. Chacun pouvant s'y référer. Mais il semble difficile de citer LACAN, en se référant à un de ses textes écrits et signés, (à l'exeption de ceux qui le sont effectivement) puisque le principal de l'uvre de LACAN est fait de séminaires soumis à l'obligation d'une transcription. Et, nous l'avons déjà vu, c'est d'ailleurs sur les enjeux de cette transcription que se déchire le mouvement lacanien. Et ceci d'autant plus que les " droits d'auteur " sont à nouveau rassemblés sur/sous un seul nom propre. A ce propos, il est remarquable de souligner que les séminaires de LACAN, publiés aux éditions du Seuil, le sont sous la signature de LACAN alors que le texte est établi par J. Alain MILLER. C'est un peu, comme si l'auteur du texte ne signait pas son texte. Le texte établi ne devrait-il pas apparaître sous la signature de MILLER plutot que sous celui de Jacques LACAN ?
Cette double couverture n'est là à mon sens que pour renforcer le caractère sacré du nom propre LACAN, et pour renforcer l'identité groupale de ceux qui y ont accés, tout en écartant ceux qui voudraient s'en approcher. C'est peut-être là, d'ailleurs, que se situe la clef de l'énigme du légue de LACAN à son gendre et non à son fils. Nul doute qu'en léguant son uvre à son fils, cette uvre se serait dissoute dans la généalogie, ou/et dans le bien public. Que deviennent les tableaux de Picasso après sa mort ? Tous au musée ! Que seraient devenus les séminaires de LACAN dans le même cas de figure ? Tous en livre de poche ! Assurément LACAN ne voulait pas cela.
LACAN utilise son nom comme une trace...une trace à suivre. Mais cette trace est bien gardée par la tribu, car l'établissement de cette trace a laissé quelques traces chez ceux qui ont contribué à la forger. On retrouve ici un phénomène tout à fait similaire à celui décrit par FREUD dans Totem et Tabou. " La prohibition principale, centrale de la névrose est, comme dans le tabou, celle du contact, d'où son nom : " phobie du toucher ". La prohibition ne porte pas seulement sur l'attouchement direct du corps, mais s'étend à toutes les actions que nous définissons par l'expression figurée: se mettre en contact, venir en contact. Tout ce qui oriente les idées vers ce qui est prohibé, c'est à dire ce qui provoque un contact purement abstrait ou mental, est prohibé au même titre que le contact matériel lui-même. On retrouve la même extension de sens dans le tabou.51 " Puis, plus loin : " Et même l'adulte civilisé, s'il analysait son attitude dans beaucoup de cas, n'aurait pas de peine à constater qu'il n'est pas aussi loin qu'il ne croit d'attacher aux noms propres une valeur essentielle et de trouver que son nom ne fait qu'un avec sa personne. Rien d'étonnant, dans ces conditions, si la pratique psychanalytique trouve si souvent l'occasion d'insister sur l'importance que la pensée inconsciente attribue aux noms. Les névrosés obsessionnels se comportent à l'égard des noms, et l'on pouvait prévoir ce fait a priori, tout comme les primitifs. Ils réagissent ( comme les autres névrosés, d'ailleurs ) par le même " complexe de sensibilité " à l'énoncé ou à la perception auditive de certains mots et noms, et bon nombre de leurs troubles proviennent de leur attitude à l'égard de leur propre nom. Une de ces malades, que j'ai connue, a pris le parti d'éviter d'écrire son nom, de crainte qu'il ne tombe entre les mains de quelqu'un qui se trouverait ainsi en possession d'une partie de sa personnalité. Dans ces efforts désespérés pour se défendre contre les tentations de sa propre imagination, elle s'était imposé la règle de ne rien livrer de sa personne, qu'elle identifiait en premier lieu avec son nom, en deuxième lieu avec son écriture. Aussi a-t-elle fini par renoncer à écrire quoi que ce soit. "52Le nom de LACAN agirait donc comme un nom à garder, à "sauve-garder ", puisque le principal de l'uvre est, pour l'instant confisqué. C'est dans cette mouvance de sauvegarde que l'on doit lire toutes les tentatives d'explications " sensées" de l'uvre de Jacques LACAN. De J. DOR à NASIO, les recueils fleurissent sous les titres toujours alléchants de " comprendre J. LACAN... en cinq ou six leçons ", ce qui va à l'encontre de l'uvre elle-même. Et même, si ces livres fort instruits sont dévorés par ceux qui désirent y comprendre quelque chose, ils ne font que renforcer le pouvoir des "gardiens du temple", qui tout en maintenant l'uvre incomplète, auréolent la parure du nom de celui qui la parla.Le nom propre de LACAN est devenu leurs noms, lacaniens, disent-ils, à la vie, à la mort ! (beaucoup en sont déjà morts) .
" Et maintenant, répète, homme superbe, notre nom propre, c'est nous-même! Identifie-toi à ton nom, fais mille efforts pour l'environner de considération et de respect; donne ta vie entière au désir de l'illustrer, à ce fougueux désir, père de tant d'action, quelques-unes utiles, et le plus grand nombre désastreuses, parce que le mal brille plus que le bien aux yeux des hommes: que deviendra ce nom dont ton orgueil espère éterniser la durée ? "537- Du nom à l'uvre.
L'objet de ma démonstration est bien de souligner la volonté de Jacques LACAN d'inscrire son uvre sous son nom. Cette inscription a, nous l'avons vu, quelques repères théoriques développés tout au long du parcours de la pensée de Jacques LACAN. S'il "Y A D' L' UN ", nous pouvons penser que cet UN ne sépare pas l'uvre du nom, qu'il UNIT, qu'il n'y a pas de l'UN sans l'autre. Fort de cet énoncé, et du souvenir qu'ils avaient du sujet qui énonçait, de la voix qui parlait, certains ont cru pouvoir faire de l'uvre de LACAN une" lacanisation ". Pensant défendre l'uvre, ils n'ont en fait que défendu le nom, pire même ils l'ont gardé, immobilisé, fétichisé, stérilisé. Le nom, ce nom de LACAN est devenu leur propriété renforçant ainsi son apparence de nom propre. A une propriété, de l'uvre, ils ont répondu par une propriété du nom. De ce nom, ils en ont fait un nom sans uvre, un nom tout court, un nom propre, à rendre propre en permanence de toute souillure, de tout mouillage, de toute salissure. Ce nom propre de tout et de rien, n'est plus à l'uvre, il n'uvre plus,il n'uvre plus pour l'uvre, il est nu, séparé de sa texture, isolé du tissu de son texte. A l'aube de l'an 2000, soit vingt ans après la mort de Jacques LACAN, les effets sont désastreux, pour l'uvre de LACAN et pour la psychanalyse. D'une " lacanisation " souhaitée, il n'y a qu'une "bal-canisation " évidemment constatée par tous, de l'élan crée par Jacques LACAN dans son retour à FREUD. A vouloir monumentaliser de façon pierreuse le nom propre, il n'ont su que provoquer la perte du nom au regard de l'uvre. A vouloir "purifier" l'uvre au nom de la " propreté " du nom, ils ont empêcher le travail du lecteur qui se doit de rechercher la signature du nom dans l'uvre.
Quel est le plus important ?Citer LACAN, et le citer encore, comme on ré-cite sa leçon ou sa ré-citation ? ou bien reconnaître dans l'uvre la signature de celui qui la créa, qui la parla, qui quelquefois l'écrivit ? C'est de toute évidence une toute autre affaire.Quel est le plus important?Les droits d'auteur, ou l'événement de signature qui intervient bien avant. A se demander si telle citation est bien de son auteur, que se demande-t-on exactement ? Est-ce bien lui qui l'a dit, qui l'a écrit, ou est-ce bien lui qui l'a signé ? D'abord, l'a-t-il signé ? Je veux dire y-a-t-il connivence, commerce (au sens d'un échange) entre le dit d'un auteur et son nom propre ? Si oui, ce nom, le nom qu'il porte, qui le porte, qu'il trans-porte, ce nom donc, en quoi est-il propre, à quel moment peut-on repérer que ce qu'il dit, il le dit, il le signe en son nom propre ?Si je cite, ou plus exactement, si je veux citer, que puis-je citer sans transgresser, commettre un " délit " en quelques sortes, une effraction de l'événement qui a fait que ce texte existe sous sa signature ?" Comment une signature se laisse-t-elle voler " ?54 Entre guillemets peut-être, c'est dire que je l'enferme, la clôture, la prend avec " des pincettes ". Quant au nom qui signe, il apparait toujours, discret, en bas de page, en note. Lorsque je cite, je nomme en " abaissant " le nom , je ne le fais qu'à le "mettre bas ", parfois même "plus bas que terre ". Bref, je le met à mal, je le malmène, je le classe en numérotant mes notes. " On ne nomme jamais, on classe l'autreou on se classe soi-même "55. Le nom propre , qui se dit propre, ne l'est déjà plus, il s'oblitère du classement, du rangement, d'une note en fin de page. En l'appelant, je le manipule à ma guise. Pour me servir, pour qu'il me serve, je le range parmi d'autres, différents, mais pareils, identiques qu'ils sont à me servir. " Quand dans la conscience, le nom se dit propre, il se classe déjà et s'oblitère en s'appelant; il n'est plus qu'un soi-disant nom-propre.56"
Un nom propre le serait à n'être jamais cité, jamais nommé. Et encore ! on cite toujours à son insu, à l'insu du propre. Reste la signature. Qu'est-ce que signer ? " En signant, je me donne à moi-même, chaque fois pour la première fois et la dernière fois, mon nom. Je me donne du moins la représentation du don de ce que je ne puis me donner. Je me donne ce que - en aucun cas, je n'aurai eu. Si bien qu'en volant une signature - ce que je fais, donc, aussi bien, chaque fois que je signe, fût-ce de mon propre nom- je brouille un acte de naissance et viole une sépulture. 57" Comme son nom l'indique, signer, c'est faire signe. C'est s'afficher d'un signe. Mais c'est aussi un geste. Ne dit-on pas " se signer "? Ce signe qui consiste à " se signer ", signe quoi ? Il signe une appartenance, une identité, qui ne se signe qu'à soi, pour soi. Signer, c'est en quelque sorte se faire signe à soi, en se débordant. Une signature déborde toujours.
Comment LACAN signe-t-il son uvre ? Assez peu de son nom propre. La preuve ultime en serait le legs de signature fait à J.A. MILLER. Le geste du signe est donc ailleurs. Peut-être alors, n'est-ce pas au nom qu'il faille accorder l'uvre mais à la signature ? A une signature, qui serait en absence, en absence de signature, qui " passerai" à travers la signature. " Si une uvre se revendique d'une signature sans être signée, c'est à y inscrire la signature dans le texte ce qui revient à signer deux fois en ne signant plus. 58"
Pour LACAN, la tentation serait grande de dire qu'il signe "en signifiant ". Le propre de sa signature serait "l'UN-signifiant ", elle se réclamerait de l'insignifiance même. Signifier dans "l'UN-signifiant ", c'est à dire hors sens et hors concept.
Pour LACAN, en quoi ce geste qui signe cette "UN-signifiance " ne serait-il représenté par sa voix ? Alors, peut-être y -avait-il de l'uvre tant qu'il y avait la voix.? La voix s'étant tue, ne resterait-il que " la chose ", une uvre sans signature apparente, un nom à uvrer ?
Hors contexte, ce passage de correpondance est encore d'actualité. A quoi est confrontée la pratique de la psychanalyse aujourd'hui ? Je répondrai sans emphase : à son avenir. Comme du temps de FREUD, moments du frayage et de l'élaboration d'une " nouvelle science " faisant pendant à la médecine et à la religion. Comme du temps de LACAN, moments d'une re-naissance, d'une re-lecture du texte freudien qui n'a pu se faire sans la critique " du fruit pourri que nous a laissé FREUD avec l'IPA ". Peut être, qu'aujourd'hui, par l'occasion des états généraux de la psychanalyse, est-il temps de critiquer, d'analyser le fruit pourri que nous a laissé LACAN avec d'une part l'institution de la Cause freudienne, et les autres institutions se réclamant du lacanisme d'autre part. Comme l' affirmait déjà en son temps J. CLAVREUL : " le lacanisme ne saurait être le fait de ceux qui s'efforcent à être lacaniens.60"L'avenir prend donc la forme d'un danger absolu, car peut-être faut-il l'ouvrir sans certitudes aucunes. Le débat autour de la dissolution de L'EFP est-il clos ? Je ne le pense pas. Dans cette période, bien des déchirements et bien des souffrances se sont exprimés. Les plaies ne sont pas cicatrisées. Si peu de monde comprit les décisions de J. LACAN, tout le monde s'efforça de sauver l'uvre d'un homme somme toute remarquable. Mais personne, peut-être, ne chercha à re-chercher ce qui pouvait se signer du nom de LACAN dans l'uvre parlée de Jacques LACAN. Se signer en guise de legs universel pour tous, et non dans l'orthodoxie d'une parole publiée. Se signer en guise de leg universel pour tous, et non dans le mysticisme d'une parole vraie, d'une parole pure, d'une prophétie. D'un dire réellement signé de LACAN, d'un dire qui signerait son nom et non son nom propre, d'un nom qui deviendrait aussi commun qu'une sépulture. " Pré-tons ", pour la démonstration, à Jacques LACAN, ce texte de Francis PONGE :
"Messieurs les typographes,
Placez donc ici, je vous prie, le trait final.Puis, dessous, sans le moindre interligne, couchez mon nom,
Pris dans le bas-de-casse, naturellement,Sauf les initiales, bien sûr,
Puisque ce sont aussi celles
Du Jasmin et de la Lavande
Qui demain croîtront dessus.
_________________________Jacques Lacan.61"
1- Encyclopédie Universalis. Corpus 9. p259. Article d'Alain Le BOULLUEC.
2- J. LACAN, les écrits, edit du seuil, 1966.
3- J. LACAN, séminaire Encore, chap.III, établi par J. A. MILLER, edit du seuil, 1975.
4- On pourrait voir dans cette appellation " les écrits " un certain mépris de l'écriture, dans le sens ou le titre souligne un fait patant: celui de l'écriture d'un texte.
5- CL L. STRAUSS. Anthropologie structurale. edit. PLON, 1973.
6- PH. JULIEN: le retour à Freud de J. Lacan;edit ERES, 1985.
7- Ce "Tout est possible" est peut-être une tentative de redémarrage d'une situation bloquée depuis la dissolution de l'EFP.
8- Il faut savoir que depuis le 11 janvier 1980, LACAN a fait retirer ses séminaires de la bibliothèque de l'EFP. Plus aucun original n'est donc en la possession des anciens membres de l'école, sauf J.A. MILLER.
9- Il s'agit du bulletin stécriture publiant le séminaire" le transfert dans sa disparité subjective, sa prétendue situation, ses excursions techniques."
10- c'est moi qui souligne ( F.C. ).
11- Jugement du 11 septembre 1985. TGI de PARIS 1ere chambre-1ere section. Grosse délivrée le 19-12-1985.
12- Il est interressant de noter que cette affaire éclate à propos du transfert
13- C'est nous qui soulignons, cet extrait de la citation de LACAN qui n'apparait pas dans les conclusions de l'avocat de l'association Après.
14- Le jugement parle de" remise en forme". Notons qu'il ne parle jamais de transcription.
15- Citation attribuée à LACAN en page sixième du jugement du 11 décembre 1985.
16- J. LACAN, lettre publiée dans le monde, 9 janvier 1980.
17- C'est moi qui souligne ( F.C. ).
18- J. LACAN, dispositions testamentaire in arguments des avocats de J. A. MILLER et des éditions du seuil.
19- Consulter à ce sujet le livre de J. B. FAGES: Comprendre J. LACAN, Edit privat 1994.
20- C'est J.B. FAGES qui souligne. Je le laisse comme tel.
21- SCILICET N° 1, p. 7, Edit du Seuil, 1968.
22- ERNST KANTOROWICZ, les deux corps du roi, Edit Gallimard, 1989.
23- J. LACAN , séminaire Ou pire, inédit, année1971-1972.
24- E. KANTOROWICZ, les deux corps du roi, Chap. II, op.cit.
25- W. SHAKESPEARE : La tragédie du roi Richard II.
26- E. KANTOROWICZ, les deux corps du roi, op.cit.
27- W.Shakespeare, La tragedie du roi Richard II, Acte III, scène II.
28- AULU-GELLE, Noctes attiicae,XII,11,7.
29- Voir en autre sur ce sujet, les réponses de J. LACAN dans Télévision, edit seuil, 1974.
30- Séminaire, ...Ou Pire, non publié, " iné-dit " comme on dit. 1971-1972.
31- J. LACAN in Télévision, op cit.
32- voir à ce sujet, A. JURRANVILLE, LACAN et la philosophie, edit: philosophie d'aujourd'hui, 1984.
33- se reporter au sujet du moi comme objet, au séminaire de J. LACAN : le moi dans la théorie et dans la technique de la psychanalyse ", Edit du seuil, 1978, chap IV, p66.
34- A. JURRANVILLE, LACAN et la philosophie, op cit. p 70.
35- il est à souligner que LACAN, lui-même, ironise après-coup de ce titre : " je pense que c'était pour vous faire sentir-et vous avez senti-que le discours comme tel, est toujours discours du semblant " in ...Ou pire, séminaire inédit, op.cit.
36- Séminaire ...Ou Pire, séance du 21 juin 1972, op. cit.
37- c'est moi qui souligne ( F. C. ).
38- J. LACAN parle alors de sa prochaine séance de séminaire. Il souligne ainsi, le commandement, l'obligation qui sont les siens. Dans la réalité, il ne parlera pas le 1er juin !
39- Séminaire ...OU Pire, séance du 17 mai 1972.
40- ...Ou pire, séance du 21 juin 1972.
41- ...Ou Pire, séance du 21 juin 1972.
43- ...Ou pire, séance du 14 juin 1972.
44- Lettre du 1er Février 1981, signée de Jean ALLOUCH, Diane CHAUVELOT, Claude DUMEZIL, André RONDEPIERRE, Christian SIMATOS, à propos d'un forum de la psychanalyse. Parue dans le livre de Claude DORGEUILLE, la seconde mort de Jacques LACAN, Actualité freudienne, 1981.
45- Brochette de présentation de L'école Lacanienne de Psychanalyse. Nov 1985.
46- C'est moi qui souligne ( F. C.), car nous aurons peut-être à expliquer ce "geste " de LACAN.
47- E. ROUDINESCO, Jacques LACAN, Edit Fayard, 1993, p. 567.
48- Ces documents étaient envoyés aux membres de l'école, dans une brochure intitulée " le bibliotin".
49- titre d'une lettre que j'ai adressée aux membres d'un groupe de transcription le 24 juillet 1988.
50- M. DE CERTEAU: Histoire et psychanalyse entre Science et fiction. Edit folio Gallimard 1987.
51- S. FREUD, Totem et Tabou, Paris, trad fr,1968, p38.
52- S. FREUD, Totem et Tabou,op.cit, p 70.
53- E. SAVERTE, Essais philosophiques sur les noms d'hommes, de peuples et de lieux, Paris, 1824, p. 360.
54- J. DERRIDA, Signéponge, Edi du Seuil, Paris 1984.
55- J. DERRIDA, de la grammatologie, edi de minuit, Paris, 1967.
56- J. DERRIDA, de la grammatologie, op cit.
57- J. DERRIDA, signéponge, op.cit.
58- J. DERRIDA, signéponge, op.cit.
59- J. CLAVREUL, lettre du 19 janvier 1981, in La seconde mort de J. LACAN, op. cit.
60- Lettre de J. CLAVREUL à J. LACAN , 28 décembre 1980, in la seconde mort de J. LACAN, op.cit.
61- Texte de Francis PONGE, le pré, Nouveau recueil Paris Gallimard, 1967. Au lieu et place duJasmin et de la Lavande, se trouve dans le texte original de F. Ponge le Fenouil et la Prêle. La signature est naturellement inscrite sous le nom de Francis Ponge.
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