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LE MALAISE DANS LA PSYCHANALYSE ENTRELACÉE
A LA RÉGRESSION DE LA SUBJECTIVITÉ CONTEMPORAINE :
Je prétends présenter les grandes lignes d'un travail de réflexion bien plus complexe, dans lequel je me suis proposée de discourir sur la portée de l'analyse et les défis auxquels la Psychanalyse doit faire face, dans une societé qui souffre du déclin de l'expérience collective, et par conséquent de l'appauvrissement de l'expérience privée ( Cf. Benjamin,1989) et de la déréalisation du réel ( qui, cf. Fabio Herrmann,1998, remonte à la perte de la substance historique du contact interpersonnel et à l'incrédibilité dans le quotidien), exigeant selon Adorno (1992), philosophe identifié avec l'École de Frankfurt, la démission du sujet. J'ai cherché à donner un traitement à une question si complexe sous les angles épistemologique à partir des notions d'étrange et d'absurde et ontologique, analysant les incidences des destins du sujet dans la modernité sur les destins du moi et de la sexualité elle-même. L'abordage de la dimension ontologique s'est fait appuyée sur une réflexion provenant de l'analyse clinique des dits «cas-limite», à partir de laquelle j'ai cherché à obtenir de nouvelles précisions au sujet de questions brûlantes du débat philosophique et psychanalytique de la contemporanéité.
On a beaucoup discuté au sujet de la «crise de réalité de la psychanalyse», dont la crédibilité se voit conditionnée à une notion d'«éfficacité thérapeutique»définie, le plus souvent, d'après des critères qui lui sont absolument extrinsèques et contradictoires quant à leurs fins, une fois qu'ils sont évalués par une rationalité techno-burocratique, où la question de la vérité se voit soumise à une mentalité prédite et manipulatrice, faisant réap paraître, ainsi, le mythe de la science positiviste. Celle-ci en vient à être vue comme une solution pour une société dont le projet de modernité se voit menacé par ce qui lui est immanent, - c'est-à-dire une tendance de l'économie et de la culture qui tend à la mondialisation et exige la démission du sujet, dans le sens moral et même éthique, comme condition de sa non exclusion de la comunauté sociale. Il arrive qu'en conséquence de cette situation-limite, se produisent de profondes mutilations dans la vie quotidienne où on entend les cris étouffés de sujets motivées par une véritable haine punitive soit dans le domaine historico-social ( comme les innombrables guerres ethniques et les religieuses auxquelles nous avons assisté dans cette fin de siécle), soit dans l'intimité de la vie psychique individuelle. Devant une telle problématique, très thématisée par les philosophes et les scientistes sociaux la psychanalyse aurait-elle quelque chose à dire? Et ne serait-ce pas, d'ailleurs, la condition de sa survie, c'est-à-dire, s'introduire dans des questions qui vont au-delà des divans analytiques?
En ce qui concerne la crise de crédibilité de la psychanalyse, le débat à l'intérieur du propre milieu psychanalytique s'est rapporté, le plus souvent, ou à un probléme de nature économico-social, ou à une possible inadéquation du processus analytique à la réalité de l'homme contemporain, ce qui suscite d'amples discussions au sujet des tensions et des convergences entre les domaines de la psychothérapie et de la psychanalyse. Bien que le débat ait présenté des nuances fort appréciables sur la méthode psychanalitique, on court le risque d'après moi par inadvertance de réduire les problémes affrontés par la psychanalyse à une question de perfectionnement, ou pire, d'«adaptation»de la technique au «malaise»qui lui a été imposé dans l'actualité.
Considérant que les discussions au sujet de l'identité de la psychanalyse renvoient, en dernier lieu, aux possibilités de subjectivation de l'homme contemporain, et qu'on ne peut pas négliger l'idée qu'elles se convertissent en réflexions critiques sur la société et la
culture, la question qui se posait était comment penser de telles questions de la contemporanéité à partir d'une problématique provenant de l'analyse clinique.
A attiré mon attention le fait que des préocupations semblables à celles d'Adorno (1992) en ce qui concerne la régression de la subjectivité moderne, ont apparu dans la littérature psychanalytique, particulièrement dans la période entre les guerres avec l'émergence et les postérieurs exposés des cas dits «cas-limites»ou «cas-frontières»comme points cliniques. Dans cette ligne nous avons les travaux de Fairbain (40), H. Deutsch (42), Erikson (46), Anna Freud (52), s'étendant jusqu'aux études faites dans les années 60 par des auteurs comme Masud Khan (84), tous indiquant la même chose: le patient moyen des cabinets médicaux avait changé. Donc l'emphase de l'analyse devrait être autre: l'intérêt envers les désirs inconscients du patient devrait être déplacé vers ses besoins d'auto-conservation ( à mon avis, sexuel narcissiques).
Il arrive qu'en beau milieu des années 90, des questions suscitées dans la décade 40 surgissent de nouveau et d'une façon plus radicale encore, soulevant, par exemple la question suivante: si les états-limites ne représentent pas un nouveau paradigme pour la psychanalyse des points de vue de la technique, de la méthode et de la théorie elle-même.
Dans un recueil publié durant cette année (PUF, 1999), quelques psychanalystes français montrent des préocupations semblables en ce qui concerne la psychopathologie du moi où le narcissisme se met devant la scène psychique comme le fait bien remarquer Jacques André, dans l'article «L'unique objet», non par amour pour soi, mais par «douleur» de soi. Ou comme le fait remarquer André Green, dans son article «Genèse et situation des états-limites», qu'il s'agit de patients, dont les dynamiques psychiques se voient dirigées par des mécanismes de clivage qui vont contre l'unité du moi, faisant que le même, pour ne pas succomber présente des fissures, de véritables trous dans sa représentation (le moi-dentellé).
Je me demande si ces fissures dans le moi, ou même les difficultés d'associer du patient bordeline ne se doivent pas à des lacunes, ou à l'insuffisance du double processus originaire «traductif-répressif»(fondant du moi) qui empêcheraient la métaphorisation de l'amour sexuel maternel, fondamental pour la constitution du moi narcissique. Cette mauvaise constitution du moi serait le résultat d'une ombre manquée de l'objet sur le moi, restant seulement la dimension métonymique de la perception-conscience, cela dû à des failles dans l'investissement narcissique. De lá la porosité caracteristique du moi, si présente dans les cas-limites.
Ce sont des patients qui présentent un type d'angoisse sans égal dans l'histoire clinique et sociale que, dans un travail récent ( Amaral, 1999) j'ai associé à la toile «Le Cri»de l' expressioniste Munch, dont la valeur consiste, d'après moi, à conférer une forme contemplable à la tension entre le désir et la peur de vivre, ou mieux à la terreur du sujet d'avoir affaire à la menace de l'annulation de moi expérimentée par l'homme contemporain, ou soit, une angoisse marquée par l'omniprésence de l'horreur de l'individu de se voir destitué de la condition de sujet. Je veux dire avec cela, que ce changement dans l'analyse clinique n'est pas quelque chose à part de la société, mais plutôt un symptôme de la régression en cours dans le monde contemporain.
Bollas (1996) défend, à partir de l'analyse clinique avec des patients «borderline», que ceux-ci cherchent inconsciemment à établir des relations turbulentes soit avec l'analyste, soit avec ses objets d'amour (de préférence avec la même configuration psychique) comme moyen d'obtenir une relation de proximité, ce qui signifie une tentative désespérée de constituer l'objet du désir, sous l'ombre des effets créateurs de rupture produits par l'objet primaire. Se crée, ainsi, un triste paradoxe: le collapsus du ego borderline, quoique terriblement menaçant, est inévitablement la forme désirée d'aller à la
rencontre de l'objet primaire. L'objet du «borderline» incite le champ sensoriel, tout autant
qu'il, trouble le self, se situant, à la similitude de l'objet primaire, dans la limite entre l'externe et l'interne. Croyant être à la recherche de la vérité, la plus profonde, les offenses dirigées par le patient «borderline»à l'autre (analyste ou amant) cachent «le phantasme intangible de 'l'autre'profond et familier qui habite le self et devient indistinct de lui-même» (Bollas, 1996, p. 09).
Cet article de Bollas m'a été extrêment utile pour que je pense à ce que je prétendais énoncer, c'est-à-dire, la précarité de la structuration du moi des patients borderline et leurs formes passionnelles d'amour, ou mieux encore, la relation entre les destins du moi et les destins des pulsions libidinales. Comme l'avait bien annoncé Freud (1911) il faut faire attention aux incidences des «modifications anormales du ego» dans les perturbations des investissements libidinaux. La question qui persiste à mon avis est de savoir comment se produisent de telles modifications dites anormales du ego, si ce n'est comme résultat de l'ombre manquée de l'objet primaire fruit d'investissements libidinaux maternels (et paternels) inconstants et même ratés, lesquels peuvent résulter dans le fameux «moi-dentellé»des cas-limites. Si le mécanisme utilisé est, comme l'affirme Green (1999), le clivage, dans le sens freudien du terme, comme résultat, donc d'une relation métonymique avec l'objet partiel, il ne semble qu'un des effets de rupture signalés par Bollas dans la recherche tumultueuse de l'objet du désir «borderline»et l'amour passionnel comme l'a décrite Aulagnier (1979) où l'intangibilité de la relation assimétrique signifie l'unique voie possible de «rerencontre» avec l'«autre», qui le constitue et en même temps qu'il le «défait»(Le Double, de O. Rank, 1915).
J'aimerais, également, analyser la question de la crise de la subjectivité moderne et voir comment elle se manifeste dans la Psychanalyse, sous un autre angle, cherchant à en déduire ce qu'il y a de pervers et de menaçant par rapport aux fentes qui s'ouvrent au milieu de la fragmentation du tissu social, qui semblent obnibuler l'émergence du sujet
dans l'histoire clinique et sociale du monde contemporain. Ce qui serait, analyser à partir de Freud et de la psychanalyse post-freudienne, les incidences du refoulé dans la déréalisation de la réalité et du réel lui-même, d'où émerge le domaine symbolique des représentations et le propre sujet psychique.
Une question qui attire l'attention, comme curieusement l'avait signalé Otto Rank (1915) est l'apparition réitérée de la thématique du «double»dans le champ litéraire-fictionnel, dans des périodes de plus grande commotion de la société. D'ailleurs lui-même publie une oeuvre sur ce théme peu après le début de la Première Guerre, se demandant si ce ne sont pas dans des périodes comme celles-ci que les hommes se posent des questions fondamentales au sujet de leur identité et même leur fragmentation. L'intéressant est que Freud, en 1919, en plus de son abordage sous différents angles de la thématique du narcissisme à la même époque (Freud, 1911; Freud, 1914; Freud, 1921) à la lumière de laquelle O . Rank, à son tour, traite le théme du «double» reprend les réflexions de ce dernier pour explorer la question de l'«Étrange», qui réintroduit la thématique narcissique sous le biais de la pulsion de la mort, en même temps qu'il semble indiquer les fissures du moi; comme ce qui revient de dehors (le double, le mystique) et allume la flamme des angoisses infantiles les plus primitives relationnées avec la peur, le silence et la solitude.
La question qu'il nous reste à méditer est si la notion de «étrange», telle qu'elle est formulée par Freud, est capable d'élucider, au-delá de la dimension individuelle de désagrégation de soi, également le phénoméne d'aliénation présent dans les tentatives de l'Homme contemporain de (dé)construction d'un projet identitaire, qui exige, paradoxalement, la démission du sujet. Dans le cas brésilien, ce processus s'est manifesté au moyen de l'adhésion irréfléchie à toute sorte d'idées, de valeurs et de projets imposés par les pays du premier monde, qui s'aggravent progressivement par la mondialisation de l'economie et de la culture.
Green (Imago, 1988) identifie dans l'article de Freud, de 1924 et particulièrement dans l'article «La négation»(Freud, 1925), non seulement une tentative de penser la spécificité de la psychose, mais une anticipation de l'étude de la dynamique du frontalier, où la paire d'opposés oui et non coexistent avec la structure mentale ni oui, ni non qui, en ce qui concerne la réalité externe, coincide avec le sentiment que l'objet est, et n'est pas réel, de même qu'avec l'idée que l'objet n'est ni réel, ni irréel. Dans sa réinterprétation des propositions de Freud dans cet article, Green nous fait supposer que de la même façon qu'il semble y avoir une coïncidence entre le domaine conscient de la réalité psychique et le réel externe, on peut supposer qu'il puisse exister quelque niveau de correspondance entre l'inconscient et l'inconnu du monde externe.
Il me semble toutefois, que ce sera la notion d'«absurde», présente dans la «théorie des champs», formulée par Herrmann, qui permettra d'avancer au sujet de la présence de l'étrange dans le monde extérieur, en direction à une critique psychanalytique de la contemporanéité.
Dans le livre «La théorie des champs dans la psychanalyse»(1999), il y a un article intéressant, de Cecília Orsini, mettant en évidence la centralité de l'idée de «absurde»pour la critique de la culture promue par Herrmann, par le moyen de laquelle l'auteur dénonce la manière comme la déréalisation de la réalité (représentation consensuelle) a déréalisé le réel et, en dernière instance, la propre subjectivité (fruit du sequestre du réel intériorisé), déplaçant de cette façon la cible du travail analytique, des destins de la libido vers les destins du moi. Dans l'article «Malaise dans la culture et la Psychanalyse à la fin du siécle»(Escuta, 1994), Herrmann précise cette question, démontrant comment la crise de la réalité (une des dimensions de la représentation du réel) atteint nécessairement le cerne de l'identité, créant les dites pathologies du moi: le «nouveau patient» affirme l'auteur, «est avant tout, un être en état de confusion»(Herrmann, 1994, p. 321).
Herrmann (1994) soutient l'idée que nous vivons un moment carentiel de substance et que c'est exactement pour cela que la Psychanalyse gagne en importance, dans sa fonction de critique de la culture, vu que, parce qu'elle agit avec des représentations, elle peut aider à défaire l'illusion de l'autonomie de l'individualité. La propre notion d' «Homme Psychanalytique», conçue comme le «sequestre du réel»qui constitue le désir, peut servir comme loupe pour analyser dans l'intimité du sujet désirant la crise d'identité et de réalité. C'est sous cette optique qu'il nous invite à penser la manière dont la crise dans la croyance de la réalité affecte l'identité même du sujet. D'après lui, l'appauvrissement de l'experience qui se fait présente avec l'accélération des images et des versions du réel imposées par les moyens de communication de masse finit par trahir la possibilité de donner un sens à une intériorité capable de soutenir l'identité considérant que le réel, d'un autre coté, serait l'analogue de la dimension inconsciente du désir qui incide sur le champ des réprésentations de la réalité, il soutient la potientalité critique de cette notion pour l'analyse des illusions et des équivoques provoquées par la crise de croyance dans la réalité.
La question donc, est d'analyser dans quelle mesure le propre tissu social sur lequel on a essayé de construire un projet déterminé de modernité où le moderne et le civilisé se combinent avec ce qu'il y a de plus archaïque et de plus rétrograde n'échouerait pas en offrant des possibilités effectives de continuité et de permanence d'une existence, piliers, selon moi, d'un processus de subjectivation. Dans le cas brésilien, s'ajoute à cela la fragilité dans la formation de l'identité socio-culturelle, qui a été successivement reprise par Schwarz (1977 ; 1997) et Antônio Cândido (1998), lesquels ont mis en évidence les conséquences néfastes pour la société brésilienne de l' « aspect moderne », qui a été attribué à la dislocation coloniale, en maintenant le modéle familial-patriarcal comme base de sustentation aux projets de modernisation du Pays.
Il faut remarquer que tandis qu'Adorno a recours aux catégories de la méthode dia- lectique, indiquant la médiation réciproque entre individu et société tendant à la critique de la culture, Herrmann cherche également à procéder à la critique de la culture mettant en action, néannmoins, la méthode psychanalytique, quoiqu'il la conçoive dialectiquement et, de cette façon, cherche à repenser en accord avec les transformations qui s'imposent à elle à partir de son propre objet c'est à dire, la dimension inconsciente soujacente aux actions humaines. De la défendre la nécessité d'appreendre le principe ordonnateur et même producteur du réel autoritaire, qui se traduit par l'unicité des sens qui lui sont imposés, mode employé par la civilisation de survivance à la crise d'irréalité du réel contemporain. Il dénonce, ainsi, le «Principe de l'Absurde» qui le constitue. L'auteur nous alerte, encore, au sujet du danger qui s'instaure avec le régime de la farse quand « la pensée se réfugie dans l'acte pur « (Herrmann, 1997, p. 158). Ou de forme plus subtile et non pour cela moins nuisible, quand « l'acte simule une pensée « - c'est le cas de l'opinion publique, que les médias forme soigneusement, convertissant la pénurie de l'éxistence en fait.
Question, du reste, qui me semble assez élucidative de la matrice « inconsciente « - bien comme du principe de l'absurde qui la constitue productive de la plus récente rébellion des jeunes de la FEBEM à São Paulo, à qui à été attribuée le défaut de « nos adolescents barbares «. Telle a été la désignation courante attribuée à ces jeunes par nos média semi-cultivés qui a converti l'acte près de 1000 jeunes se sont révoltés contre le systéme de « prison protectrice «, assassinant de manière horrible certains de leurs propres campagnons en vérité du tout. On n'a pas dit, cependant, qu'il s'agit d'une des conséquences les plus nuisibles du nouvel ordre mondial imposé par la mondialisation aux pays du troisième monde c'est à dire la misère, non seulement matérielle qui est dénudée par ceux qui vivent une situation-limite. Et ceux-ci le font en ayant recours aux mêmes principes qu'ils ont exclus du systéme la barbarie (déguisée en néo-libéralisme) non admise par les nations riches et beaucoup moins par nos gouvernements qui suivent
leurs avis sans grands conflits de conscience. Situation qui s'instille d'une façon alarmante dans les fondements autoritaires et excluants sur lequels se construit, il y a plus d'un siécle, le projet brésilien de modernité.
C'est la réalisation risible dans la sphère de la culture de ce qui avait été dénoncé comme le symptôme de l'individu semi-cultivé, qui menace d'envahir toute la sphère de la culture. Pour celui-ci, affirment les auteurs, « tous les mots se convertissent en un systéme allucinatoire, dans la tentative de prendre possession par l'esprit de tout ce que son expérience n'atteint pas, de donner arbitrairement un sens au monde qui rend l'homme dépourvu de sens, mais en même temps se transforment aussi dans la tentative de diffamer l'esprit et l'expérience de qui est exclu et de leur imputer la faute, qui, en réalité, est de la société qui l'exclut de l'esprit et de l'expérience» (Adorno et Horkheimer, 1985, p. 182). Une problématique qui nous atteint tous et évidément pas seulement les exclus que Herrmann (1997) dénonce comme continuant à être le principe ordonnateur de la réprésentation du monde oú nous vivons, « qui proclame être le meilleur des mondes possible dans la pratique», mais qui n'est rien d'autre que la déclaration de son impuissance : « l'opinion commune est l'acte d'impuissance déguisé en pensée», affirme l'auteur. Je me demande si nous ne trouverions pas dans la version donnée par les médias des actes de violence commis par les adolescents de la FEBEM l'entendement complet des possibles conséquences nuisibles de la farse convertie en acte, qu'Herrmann dénomme la « déréalisation délirante du réel».
Herrmann (1994) soutient que la Psychanalyse doit occuper une place privilégiée dans la critique de la culture contemporaine, parce qu'il s'agit d'une « science de la désillusion», dont la méthode consiste à procéder à la « critique des apparences», celle-ci se ferait par la «rupture de champ» et la conséquente recomposition de sens supprimés en raison de la crise, en autres facteurs, dans la croyance de la réalité dont les fissures se font
sentir seulement au moment oú disparaît la représentation identitaire d'une intériorité vidée de sens. Processus celui-ci que l'on voit accéleré face à la problématique qui s'impose dans le monde contemporain, c'est-à-dire, l'accélération de moyens efficaces de production de sens (au moyen d'images pré-fabriquées qui suggérent fournir des informations), sans qu'on permette quelque point d'appui dans le champ de l'expérience individuelle ou collective, ce qui produit une étrange paradoxe : on croit plus que jamais, quoique rien ne reste comme référence d'une intériorité à la recherche de sens.
Il arrive que cet « excés d'habits représentationnels» auxquels le corps sexuellement est sujet, comme le signale l'auteur, a fini par avoir une incidence extrêment nuisible, selon moi, en ce qui concerne non seulement les destins du moi mais les destins de la passion amoureuse, impossibilitant non seulement la permanence d'un sens de continuité de l'existence, mais aussi de partager des projets et des significations communes à une existence. Et n'est-ce pas lá le grand défi offert par l'analyse des cas-limites, réglés par la souffrance devant une existence sans promesse de continuité ?
Je reviens, donc, à la question initiale soulevée par moi dans cet exposé, dont nous pouvons essayer d'obtenir l'explication à l'aide du point principal présenté par l'idée de l' «absurde» comme le soutient Herrmann. La crise d'identité/réalité de la Psychanalyse ne souffrirait elle pas de la même crise de réalité à laquelle se soumet le sujet psychique dans la contemporanéité, considérant encore que la multiplicité de sens défendue par les diverses écoles de psychanalyse répond moins à une exigence de rigueur épistémologique, et plus à une sorte d'adaptation technique aux images qui se produisent qu'à son efficacité thérapeutique ?
Or, si le monde contemporain a promu un véritable écart entre les exigences de la technique et la réalisation du sens humain de l'existence surtout en imposant une espéce d'évacuation de l'intériorité, et comme l'avait affirmé Adorno, la conséquente « démission
du sujet «, on ne peut empécher la fin d'une « science de la désillusion «si celle-ci ne cherche pas à raffiner son instrument d'analyse de la crise de la contemporanéité, par les voies méthodologique et ontologique. Cette dernière pose une question essentielle à la pensée psychanalytique : qui, outre la crise des représentations, imposerait une crise du propre «être «de l'Homme Psychanalytique.
Cela signifie, dans une société oú le progrés technologique entre très souvent, en disproportion avec la propre possibilité d'absortion/métabolisation de la part des forces sociales, la question qui se pose est si l'effritement du tissu social et l'appauvrissement venant de l'expérience collective, n'offriraient plus de bases nécéssaires au processus d'individuation. Et plus, si les sujets qui peuvent être caractérisés comme cas-limites, en étant victimes de cette disproportion, ne souffriraient pas plus de préjudices encore à se voir requis en accord avec les modéles d'efficacité de la société technologique hautement développée, et comme ne pourrait pas ne l'être aux yeux d'un analyste, fortement perverse. Une autre question que je pose est en quelle mesure l'incidence de ces modéles d'efficacité dans les expectatives de ces patients ou de leurs familles quant à leurs propres résultats d'analyse contriburaient-ils aux nouvelles impasses qu'on a placé en relation à la portée du travail psychanalytique.
Sans prétendre en terminer avec des problématiques si ardentes de notre monde contemporain, j'ai tenté de soutenir l'idée que la notion freudienne d' «étrange» (1919) quoiqu'elle ait avancé vers l'appréhension de ce qui revient de dehors, c'est-à-dire de la culture, comme irruption du refoulé qui suscite des croyances et des angoisses infantiles, il lui manquait la dimension propre du refoulé dans le champ social que Green (1983) semble avoir cherché à mettre en évidence au moyen de la notion de «inconnu». Ce qu'Adorno et Horkheimer (1985) dénonçaient comme une véritable invasion de l'idiome (et, évidement de toute la culture) par le style vide de l'industrie culturelle, Herrmann signalera l' «absurde» de la déréalisation délirante du réel promue par celle dont les plus récentes configurations imposeraient un défi à la Psychanalyse en cette fin de millénaire, non seulement dans l'analyse clinique, comme aussi sur le plan de la critique de la culture considérant la perversion mutuelle impliquée dans les deux faces du réel l'identité et la réalité.
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