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DANS L'APRÈS-COUP DES ÉTATS GÉNÉRAUX DE LA PSYCHANALYSE
DE L'AN 2000
Lettre d'Israël au Comité de coordination des E.G.P.
Guido Ariel LIEBERMANN
ancien membre du Comité international de préparation
- Israël
La tenue des «Etats Généraux de la Psychanalyse » à Paris ce dernier mois de juillet, a certainement constitué un événement majeur dans l'histoire du mouvement psychanalytique.
Puisque que j'ai représenté les Etats Généraux de la Psychanalyse en Israël, mais aussi du fait d'avoir assisté à cette si peu ordinaire rencontre, il me semblait important - dans un après-coup - d'exposer ci-dessous quelques idées, remarques, voire même manifester mon propre témoignage à propos dudit événement.
Certes, je ne saurais pas le faire au nom des cinq collègues israéliens (psychanalystes et psychothérapeutes) qui ont bien voulu me faire confiance soit en acceptant de contribuer aux Etats Généraux avec la présentation d'un texte, soit en se déplaçant à Paris pour assister à ce qui constitua à leurs yeux «un mémorable événement ».
Marqués par la diversité des sujets abordés, par la qualité des débats, mus par l'impératif de continuer à travailler ces questions qui s'avèrent être tout à fait cruciales pour l'avenir de la psychanalyse, nous nous joignons je dirais presque unanimement à tous ceux qui désirent poursuivre le travail déjà entamé au cours des Etats Généraux de la Psychanalyse.
Nous tenons, d'autre part, à réaffirmer notre désir de continuer à collaborer à l'organisation d'une éventuelle prochaine rencontre peut-être en plus grand nombre et prenant une part plus active dans les préparatifs la précédant.
L'occasion nous est donnée ici de saluer la courageuse initiative prise par René Major, de même que d'exprimer toute notre reconnaissance à Elisabeth Roudinesco qui a bien voulu nous inviter à rejoindre le comité international de préparation et qui nous a toujours apporté son précieux soutien.Puisque les Etats Généraux de la Psychanalyse font déjà partie de l'histoire de la psychanalyse (ils ont, déjà, leur propre histoire), rappelons que notre modeste participation à cet événement date du mois de juin 1997 alors que nous avions accepté de faire partie du Comité international de préparation.
Peu de temps après, nous avons commencé à diffuser en Israël le texte de René Major daté de ce même mois de juin 1997.
Parce qu'à la fois conscients de la nécessité d'un rétablissement du dialogue à l'intérieur même du mouvement analytique (comprenant des praticiens de différents pays et se réclamant d'horizons psychanalytiques divers ) et par l'impératif de réaffirmer la nécessité d'une implication de la psychanalyse dans les champs social, politique, scientifique et culturel, etc., nous avons tenu à répondre positivement à l'appel lancé par René Major.
Malgré l'ambition du projet, il ne nous a pas été facile, en Israël, d'établir un premier dialogue avec nos collègues dans ce pays. Loin de là ! Dès nos premières démarches visant à diffuser le projet des Etats Généraux de la Psychanalyse, nous nous sommes heurtés au silence des deux grands groupes se réclamant d'une soi disant « officialité de la psychanalyse ».
Pour les nommer, il s'agit du groupe faisant partie de l'Association internationale de Psychanalyse et celui s'auto-proclamant de la légitimité lacanienne, présidé par le gendre de Lacan.
En ce qui concerne ce dernier groupe, nous n'avons pas à nous étendre trop longuement dans nos commentaires. Car, à propos des Etats Généraux, par ses membres ou par ses dirigeants nous n'avons pas été interpellés, pas même une fois.
Quant aux psychanalystes membres de la Société israélienne de Psychanalyse (membre de l'I.P.A.) les choses se sont passées un peu différemment.
S'il est vrai que peu d'entre eux ont manifesté un quelconque intérêt pour les Etats Généraux, il n'en reste pas moins que quelques praticiens (membres actifs et candidats de l'Institut psychanalytique de Jérusalem) nous ont clairement manifesté leur intention de présenter des textes pour les Etats Généraux de la Psychanalyse.
Toutefois, la visite de M. Otto Kernberg en Israël le mois de juin 1999 (c'est-à-dire peu de temps après avoir distribué aux membres de la société psychanalytique les premières brochures d'appel aux Etats Généraux) ne fut pas, semble-t-il, sans incidence sur le cours des événements. Car on savait très bien que M.Kernberg s'était un farouchement opposé à la tenue des Etats Généraux de la Psychanalyse.
Dès lors, non seulement nous avons assisté à une nouvelle stratégie du silence, partagée et organisée par des psychanalystes vraisemblablement sourds-muets, mais nous avons également contemplé le retour en arrière des ces mêmes praticiens qui préalablement avaient manifesté leur désir de présenter leurs travaux ou bien d'être présents aux débats à la Sorbonne.
Quelques-uns de ces derniers, avec un peu plus d'élégance que leurs collègues trop silencieux, nous ont fait comprendre que : « ils abdiquaient à l'idée de participer aux Etats Généraux étant donné qu'au dernier congrès de l'I.P.A. (qui eut lieu à Santiago de Chile l'été 1999) des rumeurs circulaient selon lesquels, les Etats Généraux étaient organisés contre l'I.P.A ».
Ce faisant, nous avons pu bénéficier d'un texte rédigé par Ilany Kogan (elle-même membre actif de l'Institut Psychanalytique de Jérusalem) lequel fut mentionné lors de la séance du mardi 11 juillet matin.
Autant pour sa contribution écrite que par sa présence aux débats à Paris, nous ne pouvons qu'exprimer, ici, toute notre reconnaissance et notre sympathie à Ilany Kogan.Rappelons une nouvelle fois, que d'autres collègues israéliens intéressés par les Etats Généraux de la Psychanalyse se sont déplacés à Paris pour y assister.
Il s'agit pour la plupart d'entre eux de psychologues cliniciens de formation ayant été analysés en Israël, à Paris ou à Buenos Aires mais circulant en marge des deux institutions psychanalytiques israéliennes mentionnés précédemment. Sans conteste, ils désirent poursuivre leur chemin dans le champ de la psychanalyse.
Toutefois, ces praticiens souffrent du mal de reconnaissance ou, pour employer leurs propres termes, du «mal d'appartenance ». Mais ils souffrent plus que tout, de l'impossibilité de continuer à se former à la psychanalyse, dans toutes ses dimensions.
Cela tient essentiellement à l'hermétisme caractéristique aux deux institutions dominant le panorama psychanalytique en Israël : l'une fonctionnant plutôt sur le versant d'un sectarisme poussé à l'extrême, il faut le dire. L'autre, noyée et paralysée par la lourdeur des procédures bureaucratiques visant à une formation psychanalytique qui, en définitive, ne fait qu'étouffer toute initiative individuelle, toute ouverture à la créativité, à l'inventivité, bref, à tout ce qui s'avère néanmoins indispensable à la pratique et à la survie de la psychanalyse.
Ainsi, du fait de leur solitude et du manque de repères plus ou moins sûrs et suffisamment fiables, provenant du champ-même de la psychanalyse, ces praticiens souvent déçus et désorientés deviennent la proie facile des nouveaux «gourous » psychanalystes.
Ces derniers venus d'un ailleurs indéfini, promeuvent dans la plupart des cas, l'illusion d'une formation psychanalytique effectuée à la sauvette, soit dans une chambre d'hôtel soit dans un café, voire par téléphone si le besoin se fait sentir, analyse «didactique»
comprise, bien évidement.
D'autre part, ces psychothérapeutes de mérite n'ont souvent d'autre recours que d'intégrer divers groupes de psychothérapie qui dans le meilleur des cas se disent «éclectiques » ou «analytiques ».
Sans contester la validité desdits groupes ou la bonne foi de leurs responsables, l'adhésion de nos collègues à ces institutions conduit ces derniers à pratiquer ce que nous appellerons une « psychanalyse sauvage », assujettie aux nouvelles techniques psychothérapeutiques (celles-ci dérivées directement de la suggestion) et n'ayant, d'autre part, aucun rapport avec l'écoute de l'inconscient et ce que l'on attend d'un psychanalyste : c'est-à-dire, au moins, beaucoup plus qu'un psychothérapeute
Mais - entendons-nous bien - qu'il ne soit pas compris à travers ces lignes que des psychanalystes dûment attitrés par les institutions ne soient eux aussi la proie - sinon les meilleurs complices - desdites techniques suggestives. Pire encore ! C'est souvent par ces-mêmes analystes que ces techniques sont pratiquées et promues, à la fois sous la bannière d'une psychanalyse qui se prétendrait «ouverte » et « conciliante », puis au nom du «dépassement » de celle-ci.En Israël, nombreux sont ces habitants du «No man's land » de la psychanalyse qui se voient refuser à l'avance tout accès à une formation psychanalytique, leur permettant, au moins, d'analyser leur propre demande (celle-ci tout à fait légitime) de devenir des psychanalystes et d'analyser leur propre rapport à la psychanalyse.
Pourtant, nous savons que l'accueil de toute demande de devenir analyste ne se soldera pas forcement par la concrétisation de son projet. Il en va de même quant à toute titularisation ou nomination qui, on le sait, ne suffiront pas à garantir pour toujours qu'il ait «du psychanalyste»...
La situation que nous venons de décrire est certes bien connue d'autres pays où la psychanalyse n'occupe plus, hélas, la place que Freud lui avait réservée.
Cela constitue à notre avis, une réponse symptomatique. Symptomatique dans le sens où à travers cette situation se «dit» quelque chose que les institutions psychanalytiques se montrent incapables d'entendre ou d'accueillir.
Parallèlement, ces mêmes institutions se montrent souvent incapables de rendre à la psychanalyse la place et la dignité qu'elle mérite dans les champs de la Culture et de la Civilisation.
Et c'est bien à cela que tient la participation aux Etats Généraux de la Psychanalyse des psychothérapeutes israéliens se reclamant de l'héritage freudien.
Cette participation constitue implicitement et vraisemblablement une nouvelle tentative d'accueil à leur demande d'analyse, demande qui déborde certes le pacte initial selon lequel Etats Généraux de la Psychanalyse ne s'auto-proclameront pas en tant que nouvelle instance internationale voire en tant que supra-organisation mondiale de psychanalystes.
Les Etats Généraux de la Psychanalyse, on le savait, devraient se dissoudre tout de suite après la fin des débats à la Sorbonne, sauf avis contraire des ses participants.
A travers ces lignes, nous voulons attirer l'attention sur le fait que, dans l'après-coup des débats à la Sorbonne, nous ne pouvons nullement rester indifférents à cet appel à l'Autre lancé par mes collègues même si cet Autre, certes, reste logé derrière l'Imaginaire des instances psychanalytiques supposées apporter des réponses à leurs interrogations, et auxquels les Etats Généraux n'ont pas manqué d'être identifiés.
Il en va de même quant aux appels lancés par des psychanalystes autrichiens, allemands ou péruviens, qui non sans émotion, ont tenu à nous témoigner de l'ingrate solitude dans laquelle ils sont condamnés à travailler, n'abdiquant nullement le désir de transmettre une psychanalyse plus riche et plus vivante et plus digne de son nom.
C'est particulièrement cette dernière situation qui a fait écho à mes collègues israéliens.
Il s'agit d'une problématique dont les organisateurs des prochaines réunions des Etats Généraux de la Psychanalyse devraient accorder une place plus significative.
Car personne ne le contestera pour qu'il y ait de la psychanalyse il faut qu'il y ait des psychanalystes.
Et s'il est vrai que nous avons abondamment reflechi sur la question qui touche a la demande d'un sujet de devenir analyste, avons-nous suffisamment interrogé le desir de la "Communaute psychanalytique internationale" pour qu'il y ait des psychanalystes, notamment, dans les pays ou cette discipline fait defaut?
A ne pas confondre, bien sûr, avec les perpétuelles tentatives des analystes «trans-missionnaires »qui se déplacent dans le «Tiers Monde de la Psychanalyse », n'ayant d'autre objectif que de prêcher la Bonne Parole pour attirer des nouveaux fidèles et élargir le fief de leurs chapelles.A la suite des journées du 8-11 juillet dernier, il résulte qu'il est aussi de la responsabilité des Etats Généraux de se soucier de l'avenir de la psychanalyse et de ce que l'on mettra sous le nom de «psychanalyse» dans un avenir pas si lointain.
Or, comme nous le savons déjà, la psychanalyse est devenue dans plusieurs pays «la bonne à tout faire » des psychiatres, des psychologues, des travailleurs sociaux et des pédagogues. Et cela, pourtant, bien au contraire des hautes et justes aspirations du père fondateur.
C'est pourquoi nous insistons pour qu'avant même la tenue des prochains Etats Généraux de la Psychanalyse, nous réfléchissions très sérieusement à la manière dont des psychanalystes représentant toutes les mouvances, habitant les pays où la psychanalyse est fortement implantée (à titre individuel ou bien collectivement, c'est-à-dire en tant que membres d'une association), puissent venir en aide aux collègues isolés ou marginalisés.
Il en va de même quant à cette population composée essentiellement de psychothérapeutes désirant rejoindre le champ de la psychanalyse et dont on a abondamment parlé ci-dessus.
Certes, « l ne suffit pas de garder ses fantasmes d'analystes dans sa poche », pour employer une expression d'Olivier Grignon prononcée lors de son discours d'ouverture des Assises de l'Intérassociatif psychanalytique en janvier1994.
A ces fins, il faut réfléchir à la création des nouveaux cadres de transmission de la psychanalyse adaptés à la fois à ces psychanalystes isolés un peu partout dans le monde mais aussi à ceux qui prétendent pratiquer la psychanalyse dans les pays où la transmission de cette discipline s'avère être particulièrement difficile.A plusieurs reprises, au cours des débats à la Sorbonne, il a été rappelé que trente trois pays dont bien sûr Israël ont été représentés aux Etats Généraux de la Psychanalyse.
Parmi eux, Israël est la seule nation qui très malheureusement, croyez-nous, conserve le statut de «pays en état de guerre ».
Il est également le seul parmi eux qui ne soit pas reconnu comme tel par toute la communauté internationale. Il est d'ailleurs le seul sur lequel pèse directement la menace de destruction.
C'est pourqoui sur le Warum Krieg de Freud amplement commenté par Jacques Dérida lors de son intervention - en Israël nous ne cessons de nous interroger.
Il en va de même quant aux «Warum» la Shoah, «Warum» les térrorismes, «Warum» les fanatismes de toutes sortes , «Warum» l'oppression... etc.
Autant de «Warums » qui nous collent à la peau, à nous aussi les psychanalystes israéliens, qui sommes quotidiennement confrontés à ces problèmes qui ne cessent pas de nous interpeller.
Que le lecteur ne soit pas inquiet ! Il n'est pas de notre intention de lui présenter dans cette lettre une liste exhaustive des grands événements, heureux et malheureux, que notre pays traverse et a traversé tout au long de son histoire. Ils mériteraient et méritent certes l'attention et le regard avisé du psychanalyste, aussi1.
Non, assurément nous ne le ferons pas ici.
Néanmoins, force est de signaler que nous-mêmes, en tant que psychanalystes israéliens, avons violemment dénoncé en 1994, à l'intérieur d'une association psychanalytique dont nous avions participé à la fondation, des propos que nous avions identifiés comme relevant du discours de la haine.
Triste constat, les propos en question furent soutenus avec beaucoup de conviction par quelqu'un qui se proclamait de la psychanalyse, et qui justement réduisit la doctrine freudienne au statut de «bonne à tout faire », cette fois-ci au service de l'une des plus misérables politiques. C'est au moins l'avis de l'auteur de ces lignes, pour qui le psychanalyste ne peut jamais se prétendre « neutre », au risque de devenir complice du pire.
Et bien, c'est fut justement ce discours-là dénoncé par nous, qui rendra le terrain favorable à l'assassinat d'Yizkhak Rabbin en novembre 1995.
Dès lors, comment rester indifférent à l'appel lancé par René Major visant à convoquer à l'organisation des Etats Généraux de la Psychanalyse et engageant «la responsabilité du psychanalyste dans la cité »2.
En effet, comment rester insensible aux problématiques abordées tout au long des Etats Généraux par Helena Bessermann-Vianna, par Anne Lise Stern et bien d'autres collègues brésiliens, argentins, colombiens, etc. à propos des horreurs commises, soit par les dictatures militaires en Amérique Latine, soit par le Régime nazi, etc. et non sans la complicité, nous le savons, de psychanalystes.
Pourtant, bien trop nombreux sont les psychanalystes qui un peu partout dans le monde, sur les problèmes que traverse actuellement la psychanalyse dans sa propre maison ou en dehors de celle-ci, n'en veulent rien savoir.
Raison supplémentaire pour répondre favorablement à la proposition de René Major lequel prescrivait la nécessité, voire l'urgence, d'une rencontre de psychanalystes de différents pays et différentes mouvances.
Notre responsabilité de psychanalystes exerçant en Israël était, dès lors, fortement convoquée.En dernier, nous voudrions très brièvement évoquer l'annonce faite par Fethi Benslama selon laquelle des psychanalystes et des psychothérapeutes habitant des pays du Sud et de l'Est de la Méditerranée se réuniront en Turquie prochainement.
Bien évidemment, la possibilité de travailler sur des questions touchant à notre discipline avec des collègues résidant dans les pays arabes, nous intéresse.
Cela en plus des liens qui se sont déjà établis depuis un certain temps, entre des psychanalystes et psychothérapeutes israéliens et des thérapeutes palestiniens ou arabes israéliens.
Toutefois nous savons que notre éventuelle participation à la rencontre en Turquie pourrait compromettre la sécurité de certains de nos collègues dans leurs propres pays de résidence.
Ce faisant, notre conviction et notre espoir résident dans le faite qu'une parole pleinement assumée déborde facilement les frontières les mieux gardées !En guise de conclusion nous tenons à proposer :
1) Qu'une liste comportant les noms avec les coordonnées (e-mail compris) des intervenants aux Etats Généraux (au moins celles des représentants de chaque pays) soit élaborée puis mise à la disposition de tous ceux qui désireraient communiquer ou poursuivre le dialogue déjà initié à la Sorbonne.
2) Que l'on commence à réfléchir sur les modalités d'organisation des prochains Etats Généraux de la Psychanalyse, cela va de soi.
Des psychanalystes dans chaque pays pourraient commencer à se réunir et réfléchir sur le sujet. Ils pourraient désigner des délégués (trois au maximum) qui transmettraient des propositions, élaborées préalablement dans chaque pays, à une commission dite «permanente» des Etats Généraux. Celle-ci pourrait être renouvelable chaque année.
L'un des délégués représentant chaque pays pourrait faire partie de cette « Commission permanente » ; les réunions de travail pourraient se tenir à tour de rôle dans des villes de pays différents.3) Cette «Commission permanente » (ambulante aussi) ne devrait pas se limiter à occuper des fonctions d'ordre purement organisationnel ou bureaucratique. Elle pourrait avoir, en plus, une fonction de lien et de soutien aux psychanalystes se trouvant dans une situation dite fragile ou problématique.
Des rencontres de travail proprement psychanalytique, pourraient être organisées avec ces mêmes psychanalystes parallèlement aux réunions concernant l'organisation des prochains Etats Généraux. Celles-ci pourraient avoir lieu à Vienne, Berlin, Göteborg, Prague, Lima, Bombay, Athènes, Tokyo, Caire ou Jérusalem, etc., et non pas forcement à Paris, Buenos Aires ou Rio de Janeiro.
Cela nous semble rendre plus service à la psychanalyse que de tenir lesdites réunions dans les grandes capitales freudiennes.
Par contre, la prochaine tenue des Etats Généraux de la Psychanalyse, comme celle qui vient de conclure à la Sorbonne, pourrait en effet se tenir à Paris, New York, Rio ou Buenos Aires, sans perdre l'espoir qu'un jour, pourquoi pas, les Etats Généraux de la Psychanalyse aient lieu dans l'une des ces villes pourtant moins actives psychanalytiquement mais portant une charge symbolique considérable telles que Vienne, Jérusalem, Berlin et d'autres.4) En dernier, l'on devrait envisager la création de groupes de réflexion et de discussion (permanents eux aussi ; certains existent déjà) composés aussi bien de psychanalystes n'ayant pas d'attaches institutionnelles que de représentants des différentes institutions psychanalytiques.
Ceux-ci devraient aborder les questions qui s'avèrent être tout à fait cruciales pour l'avenir de la psychanalyse.
Nous savons que la question des formations du psychanalyste, celle des institutions psychanalytiques, des conditions de sa pratique, celle de son rapport au Social, au Juridique et bien d'autres thématiques, largement discutées au cours des Etats Généraux, pourraient faire l'objet d'un débat permanent et indispensable pour revendiquer la place de psychanalyse dans nos sociétés.
Sur les questions suivantes : « qu'est-ce qui résiste à la psychanalyse » ou bien : « quelles sont les nouvelles stratégies de résistance à la psychanalyse à travers le monde », nous devrions, aussi, consacrer une particulière attention au cours des prochaines rencontres des Etats Généraux de la Psychanalyse.Naturellement, au cours du temps nous présenterons d'autres propositions visant à la poursuite de l'esprit « Etat Généraux de la Psychanalyse » et à la tenue de sa prochaine réunion.
Qu'il nous soit permis, une nouvelle fois, de rendre hommage à René Major, et par la même occasion de remercier vivement Elisabeth Roudinesco de nous avoir d'une part, invités à participer à cet ambitieux projet et, d'autre, de nous avoir accordé tout son soutien, sa sympathie et beaucoup de sa disponibilité tout au long de cette difficile préparation des «Etats Généraux de la Psychanalyse».
Que la tenue des Etats Généraux de la Psychanalyse, espérons-le, soit le point de départ d'une nouvelle ère pour la psychanalyse, peut-être plus féconde et plus vivante que celle que nous traversons. C'est notre vu le plus profond.
Fait à Rishon le Zion, Israël, le 20 août 2000
Notes
1. Peu avant la Guerre de Yom Kipour, un certain nombre de psychanalystes israéliens et américains, avec la participation de Shimon Peres, s'étaient réunis pour discuter sur la question de la Guerre. Un recueil de textes des intervenants a été publié en 1973 : Winnik H., Moses R., Ostow M., Psychological Bases of War, New York-Jerusalem, Quadrangle/The New York Times Book Co. & Jerusalem Academic Press, 1973.
2. C'est le titre que nous avions donné au colloque organisé à Tel-Aviv en février 1995 devant répondre, de la place même de la psychanalyse, à cette malheureuse incursion de notre collègue dans un champ politique bien orienté. Ce colloque fut organisé également en mémoire de Serge Leclaire qui devait venir en Israël le 15 mai 1994 pour entamer un débat avec des psychanalystes israéliens autour du thème suivant : « La place du psychanalyste dans la Cité ». Il ne comptait pas rester muet à propos des difficultés que nous venons d'évoquer. Loin de là. Mais, très malheureusement, des problèmes de santé survenus au dernier moment, puis sa mort soudaine en août 1994 nous ont privé de précieux débat avec lui.
© Les Etats Généraux de la Psychanalyse - 2001 - ![]()